‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 72 sur 246 · LVII.— A Monsieur Singlin · texte numérisé non relu

LVII.— A Monsieur Singlin

Pour lui demauder sa bénédiclion.

{Vers juillet ^642.)

Mon père. Encore que je n'aie rien à vous mander^ je ne saurois m'empêcber de vous écrire pour vous demander voire bénédiction, afin que vous me trouviez meilleure que vous ne m'avez laissée. Je voudrois bien faire une petite retraite pour cet effet, s'il plaît à notre mère de me le permettre pendant que je ne puis rien faire pour la soulager. Je me porte de mieux en mieux. Dieu merci; mais selon la foi je pense que je devrois désirer d'être encore malade, mon âme se portant mieux lors qu'elle ne fait à présent. C'est pitié que nous n'entendons point de nouvelles de la bonne mère malade; nous continuons de prier Dieu pour elle et de toujours trembler. Notre mère nous a fait peur de son mal de gorge; elle est mieux, Dieu merci.

' S<Bur Margaerite-Âgnès de la Trinité Mauroi. Elle est morte le 1 8 octobre 1644.

* Sipur Louise de Saiute-Madeleine le Camus de Bulloyer de Romainville. Elle est morte le 45 janvier 4646.

Lviii.-— A m. ARiiAULD d'ardilly. 407

LVin.— A Monsieur Ârnanld d'Andilly,

Qui avail été malade à Textréûiité dans le même temps que la mère Agoès. Dispositions chrétiennes avec lesquelles il faut rentrer dans la vie.

De noire lU, ce 42 août 4642.

Mon très-cher frère ^ Nous avons rendu nos actions de grâces à Dieu de votre santé avec autant d'aiTeclion que nous la lui avions demandée. Je l'ai regardée comme un don de la main de Dieu non-seulement comme auteur de la nature^ quMl répare comme il lui plaît, mais comme Dieu de la grâce qui vous veut faire être à lui plus que vous n'avez encore été en renouvelant votre corps et votre âme. Je dois tirer la même conséquence pour moi qui avois mérité la mort et m^étois rendue indigne de vivre ; si Dieu n'eût détourné ses yeux de moi^ pour les jeter sur des âmes qui lui sont agréables^ qui ont désiré qu'il me laissât encore vivre ; ou plutôt c'est moi qu'il a regardée, pour donner lieu à la grâce qu'il me veut faire de lui rendre plus d'amour et de fidélité que je n'ai fait jusqu'à présent. H. R. ^ donne à tous ses amis cette devise : Ego aulem Chrisli. Elle nous doit être maintenant en particulière recommandation^ ayant été rachetés de la mort par Notre-Seigneur Jésus-Christ^ qui en se donnant à nous en viatique a eu dessein de nous nourrir pour la vie présente^ et non pour la future, nous réservant, comme j'espère, cette grâce pour une autre fois. C'est encore à nous qu'appartiennent ces paroles, qu'tï faut que ceux qui vivent ne vivent plus à eux-fnême$y mais à celui qui est mort et ressuscité pour eux. Je ne vous puis dire, mon cher frère, combien je me trouve empêchée à ce renouvellement, qui me montre une voie plus étroite que je ne Tavois point encore comprise. Je me promets que Dieu fortifiera mon esprit, quand il aura tout à fait réparé mon corps^ et qu'à même temps que je pourrai marcher librement par le monastère, je commencerai à courir par la voie de ses commandemens.

Tout ce que je désire pour moi-même, je le souhaite pour

1 LabbédeSaiut-Cyran.

VOUS, mon très-cher frère, et je demande à Dieu qu'il donne plus de grâces à celui de nous deux qui la doit mieux employer, afin qu'elle ne soit pas reçue en vain, et que nous ne manquions pas de la principale de toutes les grâces, qui est celle de correspondre à la grâce, comme on nous a appris de lui demander tous les jours. Je finis pour mettre ma lettre entre les mains de H. Singlin qui la rendront meilleure qu'elle n'est.

Page 1