LXI. — A la sœur Catherine de Sainte-Agnès
Arnanld d'Andilly.
Sur les moyens d*acquérir le recueillement inlérieur et sur la grâce de la
profession religieuse.
{CommencemeiU de 4643.)
Ma [très-chère sœur^ Quand nous vous ayons dit que je vous croyois exempte de réflexion^ je n'ai pas estimé que ce fût un privilège de votre esprit naturel^ que je me doute bien n'être point dans l'inclination à la simplicité; mais j'ai cru que c'étoit un don de grâce que vous deviez à la conduite de M. de Saint-Cyran, qui auroit formé en vous comme une autre nature qui auroit prévalu* sur la première. Je ne désiste pas de ma créance pour ce tftte vous m'en dites^ référant tout ce qui y est contraire à une infirmité involontaire qui se guérira peu à peu, à mesure que la grâce prendra de plus fortes racines. Je ne doute pas que ce vous soit un temps bien pénible que celui que vous ne pouvez employer qu'à votre repos, car je trouve que le lit est ennemi du recueillement; néanmoins on est en effet recueilli quand on désire de l'être, et qu'on laisse passer les distractions sans autre résistance qu'un simple refus, qui porte dans l'âme un renouvellement d'attention à Dieu, quoique sans pensée expresse. Il ne faut pas s'étonner si les pensées de Dieu sont passagères, et les distractions permanentes, celles-ci nous étant propres, et les autres des regards de Dieu sur nous dépendans de son bon plaisir; c'est pourquoi il les faut recevoir avec grande humilité, et en souffrir la privation dans le même abaissement d'esprit qui nous fasse avouer que nous ne méritons pas que Dieu visite notre cœur, qui n'est bien souvent occupé que de vaincs pensées, vains désirs, vaines applications, sans chaleur et sans amour qui soit digne de lui.
Pour ce qui est de la grâce de votre profession, je crois que Notre-Seigneur vous permet bien de vous en entretenir avec joie ; mais ce doit être, ce me semble, en la référant à sa source, qui est la première alliance que vous avez avec le Fils de Dieu par Tincorporalion du saint baptême, qui est sans doute une union plus étroite que toute autre, qui peut sup-