‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 76 sur 246 · LXII.— A LA MÈRB MARIE-ANGÈUQUE ARMAULD. iii · texte numérisé non relu

LXII.— A LA MÈRB MARIE-ANGÈUQUE ARMAULD. iii

pléer à toutes les autres manières d'union avec Dieu, et qui ne peut être suppléée de pas une. Les bénéfices généraux surpassent toujours les particuliers, qui ne sont que des secours pour bien user des premiers. Que votre second baptême tous fasse donc ressouvenir du premier, que vous ne sauriez jamais assez reconnaître. Il faut que je finisse de peur de ne point finir, et de tarder trop cette petite réponse. Priez Dieu pour moi, s'il vous plait.

LZn.— ▲ la mère Marle-Angéliqne Amaiild, abbesse n

Pour la prier de lui accorder ud carême spirituel qui remplit le TÎde dv jeûne ^u*elle ue pouvait garder. Elle y spécifie certaines fautes qu*eUe Toodrait purifier par quelques œuvres dit pénitence qu*elie y croit analogues.

Ce jeudi h9 février ^6iZ.

Ma mère, Je voudrois bien faire un carême spirituel pour remplir le vide du jeûne que je ue garde point. Il me semble que j'ai besoin de beaucoup prier Dieu et que ce doit être peu et souvent, parce que rien ne me coûte que de m'y mettre, et quand j'y suis je n'ai point de peine à y demeurer. Je vous supplie très-humblement de me permettre de prendre trois quarts d'heures à trois diverses fois, outre Foraison de la communauté. Il m'est venu en pensée de ne point savoir des nouvelles de M. deSaint-Cyran. Je vous supplie très-humblement de ne m'en point dire, si elles étoient mauvaises (ce qu'à Dieu ne plaise,) car celles-là seroient conformes à la pénitence. J'ai beaucoup à veiller sur moi à l'égard du prochain, que je traite toujours mal par de mauvaises réponses. Notre-Seigneur a parlé plus doucement au démon que je ne parle à nos sœurs. Je voudrois bien qu'il vous plût me permettre de m'en accuser au chapitre, comme d'une faute invétérée que je réitère depuis trente ans. Je voudrois bien aussi entreprendre exactement le

* Marie- Angélique de Saînle-Madeleine Arnauld, abbesse et réformairice du monastère de Port- Royal, née le S septembre 4594. Elle établit It réforme en 4609, et se démit de son abbaye en 4630, pour la rendre élective et triennale. Ëlue abbesse le 2 octobre 4642, elle fut continuée pendant 42 ans. Elle est morte le 6 août 4664, âgée de 70 ans.

silence^ à quoi je manque incessamment. Je vous demande Irès-humblemeut permission^ quand je Taurai rompu, de dire tout haut : Mon Dieu^ je vous supplie très-humblement de me donner la grâce du silence et à toutes mes sœurs. Si c'est trop fréquemment, je ne me mettrai point à genoux, et le dirai seulement les mains jointes.

J'ai une autre grâce à vous demander, ma très-K^bère mère, qui est la principale de toutes, qui est de me traiter avec toute liberté. Il me semble que je n'ai point encore eu autant de soumission et de désir de Vjous obéir que Dieu m'en donne maintenant; mais je peux bien me tromper, parce que s'il étoit vrai, vous le sentiriez bien et me feriez la charité de nie traiter de la sorte, qui est la plus grande faveur qu'on puisse faire à une âme. Je vous, supplie irès-bumblement de m'obtenir cette disposition par vos saintes prières, aQn que je sois avec autant de vérité que d'obligation.

Ma très-chcre mère,

Votre très-humble et très-obéissante fille et servante.

Sœur Catherine-Agnès de Saint-Paul.

IiXIII.— A la mère Marie-Angélique Amauld, abbesse.

Pour la remercier du soin qu*elie avail de Tavertir et répondre au déiir qu*elle avait témoigné qu*elle lui représentât les choses auxquelles elle trouverait in redire dans sa conduite ae la maison.

Ma mère. Je vous remercie très-btimblement de la liberté ue vous voulez bien prendre sur moi, qui ne croyois pas en être digne, et il m'étoit avis que quand vous preniez la peine de m'averlir de quelque cbose, que c'étoit avec beaucoup de circonspection et d'adoucissement, comme l'on fait aux personnes que l'on craint de choquer. 11 est vrai qu'à Theure je demeure honteuse de mafaulc, mais je suis pourtant bien aise que vous me fassiez la charité de me la faire connaître.

Pour ce qui est de votre conduAc pour le général de la maison, je vous assure, ma chère mère, que je la trouve si bonne que je remercie souvent Dieu de l'assistance qu'il vous donne pour cela, et le suiipliedetoutmoncœurde vous la continuer. J'ai faitquelquerois ri flexion si vous agissiez avec liberté, crai-

Lllll. — A LA MÈRE MARIE ANGÉLIQUE ARNAULD. 113

gnaDt d'être cause que vous ne donnassiez des bornes à votre zèle^ sachant que je ne suis pas assez déterminée à layérilable perfection (ce que je ne connois pas pourtant). Je vous avoue aussi que je m'atlcndois qu'en ce qui regarde l'extérieur de la maison, particulièrement pour Tofflce, vous feriez plusieurs cbangemens; et voyant que cela n'arrivoit point, j'ai appréhendé que vous eussiez égard à moi, ce qui me sembloit ne devoir point être, étant ce que je vous suis, ce qui empêchcroit qu'on ne crût que ce fût par contradiction ; c'est pourquoi je vous supplie très-humblement de ne me point croire foible en cela, m'étant avis que je n 'en aurai nulle pei ne . Je ne manquerai pas à vous obéir, ma mère, en vous représentant ks choses à quoi je pourrois trouver à redire; mais comme il n'y en a point encore eu, j'espère qu'il n'y en aura pointa l'avenir non plus: je n'entends pas des fautes personnelles, car ce seroit flatterie de dire que vous n'en faites point, mais je crois que Dieu vous les pardonne facilement ; et il me fait la grâce de reconnottre en quelque manière ce que je vous dois pour mon salut, en ce que j'ai plus de désir de votre perfection que de la mienne, m'étant avis que je ne mérite pas d'en avoir et qu'elle vous est bien mieux due.

J'ai eu de la peine de ce qu'il vous a plu me montrer le billet de ma sœur Marguerite; je crains toujours que vous ne pensiez que je la crois plus à moi qu'à vous, et que je tolère ses badineries; et je vous assure, ma mère, qu'elles me déplaisent st fort que je ne la pourrois souffrir, si ce n'étoit qu'elle les dissimule devant moi, et qu'il me semble que c'est un mal nécessaire que de la recevoir; néanmoins je ne m'étonnerois pas quand vous croiriez le contraire, parce que j'ai tant d'orgueil et d'amour-propre que je suis capable de vouloir être aimée et préférée sans que je le sache.

Je vous supplie très-humblement de m'offrir à Dieu.

m LBTTIBS DE LA UÈMB AQWÈS,

LXIT.- ▲ M. Amaold.

Sar la retraite de M. Âroauid, obligé de se cacher^ peodant le ctréma de 4 644, pour éditer la persécution suscitée contre lui à roocasion de sou livre De la Fréquente Communion.

Le%0 ami 4644.

Mon père , Vous nous êtes un sujet d'exercer la foi , sans laquelle votre absence (et une si triste absence) nous donneroit bien de la peine. Notre Dieu est au ciel qui fait tout ce qu'il ireut par le moyen de ceux-là mêmes qui ne font pas sa Tolonté. Je vous dirais mon père^ une pensée que j'ai eue, durant Prime, au verset Quoniam alieni insurrexerunt,etc.^ à ces mots, el non praposuerunl Deum ante conspectum suum; j'ai demandé à Dieu que notre bonheur fût dans le contraire, et qu'en tout ce qui nous pourra arriver, nous ayons toigours Dieu devant les yeux, et autant quand il nousafQige que quand il nous console. Je prie tous les jours Dieu pour vous depuis longtemps; votre heure esta Laudes (car j'ai appris deR.* que pour se souvenir de ceux pour qui Ton doit prier, il en faut prendre trois à chaque office ) ; votre partage est Benedicite amnia opéra, et laudate, etc. Je pensois qu'ayant beaucoup de connoissance, vous deviez bénir Dieu par toutes les créatures; mais il se trouve que ce sont les divers états par où Dieu vous veut faire passer, tantôt d'un ange, d'un soleil et d'une lune que tout le monde estime; et puis de brouillard, de froid, de gelée, de neiges que personne n'aime, sinon celui qui les a faits, et qui s'en sert pour faire fructifier la terre. Vous êtes, mon père, le grain de froment qui meurt en apparence pour rapporter beaucoup de fruit pour votre âme, et si Dieu veut pour en gagner plusieurs autres par les talens qu'il vous a donnés. Ce sont les pensées dont je m'entretiens sur votre sujet, qui me donneroient plus de joie que je n'en ai si j'élois vraiment spirituelle.

Je vous assurerai, mon père, que vous êtes dans le cœur et dans la pensée de toute la compagnie que vous avez quittée, et qu'on ne sauroit vous oublier devant Dieu, afin qu'il change

« L*abbé de Sainl-Cjran.

LXy.— A M. ARNAUliD. ii5

TOtre état ou qu'il le sanctifie. Nous sommes assurés de celui-ci parce que la bonté de Dieu et sa fidélité vers ceux qui souffrent pour lui est indubitable ; mais le premier qui dépend de plusietlrs circonstances est fort incertain, quoique la proyidencé diTine régisse toutes choses. Dieu me fait la grâce de ne regarder qu'elle en ces rencontres^ sachant que les puissances de la terre n'en auroient point sur vous^ si elle ne leur étoit donnée d'en haut. Je tous supplie très-hUmblement^ mon père, de nous donner part à tos prières.

LXY.-A M. Arnaald.

Au sujet de M. Puy, sacristain et chanoine de Saint-Nizier. — On s^occupe de la publication des lettres de M. de Saint-Cyran. — Visite de M. du Saossay et de M. Charton à Port-Royal.

6 décembre 4644.

Mon père^ Vous afvez un ami fort affectionné que vous ne connoissez pas, c'est un nommé M. Puy^ sacristain et chanoine de Sainl-Nizier (on dit que c'est une des premières dignités de Lyon ) , qui ayant vu le livre De la fréquente cornmunioUj a fort goûté cette doctrine et estimé l'auteur. Il a été autrefois père de l'Oratoire, et des phis spirituels ; et en cette qualité il étoit un de nos directeurs sous M. de Langres, qui les avoit introduits céans. Quelques années après il fut pourvu de ce bénéfice, et nous avons été douze ou treize ans sans entendre parler de lui^ jusqu'au mois de mai dernier qu'il s'avisa de nous écrire pour nous dire l'estime qu'il faisoit de vous^ etc. J'avois donné cette lettre pour vous l'envoyer, mais cela s'est toujours oublié, et lui a toujours continué ses affections et ses offres, comme vous verrez par les lettres que je vous envoie, et plusieurs autres qui disent la même chose. J'ai toujours fait des complimens pour vous, comme pour une personne fort éloignée de qui nous avons rarement des nouvelles^ 11 est temps que vous me fassiez dire quelque chose de vous-même, car il est trop persévérant. C'est un homme d'esprit et sage, et qui est en considération. 11 a des amis à Rome, et s'offre à y

< M. Arnauld était caché alors dans la famille deBI. Robert (V. Vus édif,, t. 2, p. 208).

faire tenir tout ce qu'on voudra. Nous lui avons déjà envoyé deux paquets pour y adresser. Il n'étoit pas trop pour le bon évéque au commencement^ mais il est maintenant tout gagné de ce côté-là. Nous lui envoyons tout ce qui se fait^ qui le confirme de plus en plus. 11 étoit mal informé de R. S mais l'apologie* l'a tout à fait persuadé. C'est ce que nous avons à vous dire sur ce sujet

Je me servirai de cette occasion pour vous supplier de vous souvenir où vous avez mis un cahier de vos lettres' transcrites de la main de feu ma sœur Catherine de Sainte-Agnès^ que je vous donnai Tannée passée au temps où nous sommes, pour vous entretenir pendant une retraite que vous faisiez. Ellesne sont point parmi vos papiers^ et on auroit besoin de les avoir pour choisir ce qu'on voudra donner au public*, car je crois que vous n'êtes pas de ceux qui veulent que leur secret soit |K)ur eux par envie ou par avarice. ^

Au reste, mon cher frère, toute Taffliction est tombée sur notre bon père et sur vous, et nous avons reçu les approbations de vos épreuves^ j'entends parler de notre visite qui n'est pas pourtant encore terminée ' ; mais il y a apparence que la grâce et la miséricorde de Dieu nous suivra, comme elle nous a prévenues et accompagnées, et il faudra nécessairement conclure qu'on ne nous a enseigné qu'une bonne doctrine , puisqu'on n'en a pas trouvé de mauvaise; el par conséquent il sera permis d'être Arnauldistes puisqu'on n'ignore pasque nous le sommes^ et qu'avec cela nous sommes de si bonnes filles que c'est merveille, si nous les en voulions croire; mais nous avons un autre juge qui nous accusera devant Dieu si nous ne suivons ce qu'il nous a enseigné.

Adieu, mon très-cher frère^ priez bien Dieu pour nous, je

t L*abbé de Saint-Cjran.

* V Apologie de M, de SutrU-Cyrar», par M. Arnauld.

' C'est-àndire des ieures que Tabbé de Saint-Cyran vous a écrites. ^ Arnauld d'Andilly. C'est elle qui a transcrit les lettres de Tabbé de Saint-Cyran.

* Il s'agit de la publication des Lettres de l'abbé de Saint-Cyran,

* Celle visite, commencée au mois de novembre, ne fut terminée que le 1 3 décembre. Les fisiieurs étaient du Saus»ai, ollicial, et Charlon , grand pénitencier de Notre-Dame.

LXYf. — A LA S(JEl'R MARIE DOROTHEE DE L^IKCARNATION il7

VOUS en supplie, comme nous faisons pour vous à toutes les heures du jour. Je salue voire compagnon > de tout mon cœur. Ce jour saint Nicolas. N'oubliez pas l'abbaye de mon frère % où les religieux s^entre-mangent.

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