LXX.— ▲ la tœnr Marie-Dorothée de llncamation Le Conte
Elle Texhorle à ne se point étonner de ses chutes, mais à persévérer dans
rbamilité et la conGance en Dieu.
Fin de $eptembre 4645.
Ha sœur, Tai été bien aise de voir la lettre de la petite, où je ne trouve pas moins Tesprit de Dieu que dans celle de ma sœur Catherine de Saint-Augustin, tant il est vrai que lésâmes sont en toutes choses ce qu'elles sont en elles-mêmes. Tespère que votre disposition du jour de saint Mathieu aura de bonnes suites. Il me semble que j'ai vu un changement dans le fond de votre esprit. Pour le conserver, il le fout faire subsister en la grâce seule , c'est-à-dire ne vous point étonner quand il vous arrivera des affoiblissemens, mais les southrir comme la pénitence de vos fautes ordinaires, sans lesquelles la grâce seroit plus forte en vons. Présupposez que par la miséricorde de Dieu vous êtes déjà convertie, et qu'il n'y a qu'à subsis^r d^nç cette conversion saps ^nlerruptiop, je ne yeux pas dire sans péchés car le justCj p'est-à-dire l'âme bien convertie, tombe sept fois le jour, mais sans interrompre le désir de profiter en se relevant de ses fautes sans découragement et sans étonnement, non plus qu'on ne s'étonne pas de voir tomber les feuilles des arbres, a quoi l'Écriture sainte compare les âmes. Cette immobilité d'esprit en la vue de ses chutes continuelles est un effet d'humilité et de confiance en Dieu , qui sont le tout de Tâme, pourvu que l'on apporte la vigilance que Ton doit pour ne pas tomber à son escient, qui est ce que vous faites maintenant en vous tenant dans votre cellule pour éviter les occasions.
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LXXl.— ▲ la sœur Catherine de Saint-Angnatin (Mlle âXlbeaf) Elle lui dit comment elle se doit offrir à Dieu dans sa maladie.
Octobre 4645.
Ha très*cbère sœur, Puisqu'il plail à Dieu que yotre maladie m^ôte la liberté de vous voir, et que vous voulez que j'y supplée en vous disant quelque chose, je vous veux obéir, parce que Télat où vous êtes ne permet pas qu'on vous refuse rien, et Dieu même promet d'exaucer ceux qui souffrent. Il ne vous faut plus que l'amour de Dieu avec la souffrance, et vous aurez tout. Nous ne savons pas le dessein de Dieu sur vous ; mais soit qu'il vous prenne ou qu'il vous laisse , vous devez être, ce me semble, dans la même disposition au regard de l'un et de l'autre, qui est de vous offrir continuellement à sa sainte volonté, afin que dans la vie et dans la mort vous soyez toute à lui. Vous savez qu'il ne faut qu'ouvrir ou fermer les yeux pour faire ces oblalions de vous-même à Dieu. Parlez le moins que vous pourrez; vous vous faites beaucoup de mal en parlant, et avec cela Dieu regardera votre silence comme une prière continuelle. Je crois que M. Singlin vous aura ordonné quelque petite aspiration pour dire souvent Les paroles du Saint-Esprit sont des étincelles qui allument le cœur, servezvous-en le plus que vous pourrez. Adieu, ma chère sœur; je suis toute à vous.
LXXII.— A la sœur Catherine de Saint-Angastin (Mlle d'Elbeuf), deux oa trois jours avaut la mort de cette sœur.
18 ou h9 octobre 4645.
Ma très-cbère sœur. Vous verrez H. Singlin quand vous voudrez. Notre-Seigneur vous a mise par sa grâce en un état où vous ne devez attendre de lui que de la consolation. Je suis en grand repos desavoirvotredispos)tion,qui n'estautre qu'un effet de la bonté de Dieu sur vous, qui a rompu vos liens, et vous a mise .ce me semble, dans la vraie liberté. Tâchez de conserver ce trésor, en le remettant souvent entre les mains de celui qui vous l'a donné, afin qu'il le garde lui-même. Dites souvent ces paroles : Oculi met semper ad Dominum.
LXXIll.— A MADEMOISELLE.... i25
Ce sera le mieux de ne point lire la nuit^ si ce n'est que cela senrtl à vous endormir. On n'est guère capable de lecture quand on est si mal. Un petit mot que Dieu inspire est capable de soutenir^ et il le fait lui-même sans qu'on s'en aperçoive, et parle mal même auquel il attache toujours une bénédiction qui fortifie Tâme en accablant la nature. Adieu, ma chère sœur, je suis toute à vous, je crois que vous n'en doutez point, et je désire de devenir meilleure, afln que vous |K)ssédiez quelque chose de bon.
LXXm.— A Mademoiselle.. . .
Pour recevoir le Saint-Esprit, il faut être en un lieu où Dieu nous ait mis.
Vers la Pentecôte (20 mat 4 646) .
Ma très-chère sœur. Vous n'avez pas sujet d'être en peine de ma santé qui n*est que bonne, Dieu merci. Je suis en douleur de celle de votre âme, que je crains qui ne soit pas en état de recevoir le Saint-Esprit, parce qu'il faut être pour cela en un lieu où Dieu nous ait mis, et je ne pense pas qu'il ait choisi pour vous celui où vous (êtes), et c'est pour cela qu'il vous donne si souvent des mouvemens de lout quitter. Hais vous ' êtes si dure à émouvoir que vous en demeurez toujours où vous en êles. Si Dieu vous fait la grâce de participer quelque peu à TetTusion du Saint-Esprit que Dieu renouvelle toujours en son Eglise en faveur des âmes qui le désirent et qui se préparent à le recevoir, la première chose qu'il vous commandera de faire sera de vous mettre en lieu où vous ne soyez plus sujette à Téteindre et aie contrister,et même à lui faire injure, qui sont les termes dont l'Ecriture exprime les divers traiteroens que lésâmes font au Saint-Esprit. Adieu, ma très-chère sœur, vous me faites grande pitié d'être en l'état où vousêles; gémissez et criez à Dieu afin qu'il vous tire à lui.
126 LBTTUS BI LA KÈU AmÈS.
LXXI?.— A Hftdettoiaelle.
I juillet 1646.
J'ai un si bon sentkhent de totre cbarité pour nous^ (]u'encore que vous ne prissiez poiiit la peine de doiis dodner de Tos nouvelles, Je be pourrais croire qbé vous nous éiissiez oubliée. Je vous Supplie de me faire la méirie faveUr, et de ne point attribuer à aucun oubli le manquement (}tie j'ai fait de ne pas répondre à celle que vous nous avez fait rhOnbeùr de nous écrire. Je me suis acquittée de la prière que vous avez désirée de nous; je vous ai envoyé deux images^ et je gardois le petit cœur où il y a des reliques pour vous le donner en main propre. Je remercie Dieu de ce que votre mal n'a pas été plus avant^ espérant que vousemploirez voire vie à confesser Dieu par une vie vraiment chrétienne. )1 me semble que je sens dans vos paroles une vérité et une solidité qu'elles ne portoient pas autrefois^ étant sujette à vous tromper vous-même en ayant meilleure opinion de vos bonnes volontés qu'il n'y avoit sujet d'en avoir, et que la suite faisoit voir qu'elles n'étoient pas dans la plénitude. Vous voyez, ma chère sœur, que je ne change point à votre égard, vous parlant toujours dans la même liberté^ parce que je sais que vous aimez la vérité, qui est une marque que vous êtes à Dieu, puisqu'il est lui-même la vérité, qu'il est venu pour l'annoncer au monde^ et qu'il a promis à tous ceux qui Taiment qu'elle les délivrera de toutes leurs misères.
LXZT.^A MademeiteUe....
Il esl dangereux de u^avoir que des paroles et des pensées, et de
rester indifférent.
Ce 8 août 4646.
Ma très-chère sœur, J'ai peur que Dieu ne mette au rang des paroles inutiles dont il faudra rendre compte au jugement, celles que vous dites si souvent, que vous voulez tout quitter. 11 vaudroit mieux que vous n'eussiez point celte pensée que de l'avoir avec l'indifiérence que vous l'avez, comme s'il n'importoit de la suivre ou non. Cela me fait craindre que votre esprit ne s'y endurcisse et ne s'accoutume à penser cela comme
tXXVI.— A KADnÔIilBJJl*. . . iS7
autre chose et rien de plus. Cest ce que dit saint Jacques de ceux qui se regardent dans un miroir^ et en passant outre ils oublient leur image. Je tremble pour yous^ ou que Dieu ne vous abandonne et ne parle plus à votre cœur^ ou qu'il vous laisse tomber en quelque faute si notable que vous soyez contrainte de Yous apercevoir du précipice où vous êtes. Nous ne sommes pas assez bonnes pour obtenir votre conversion ; les personnes comme nous ne sont exaucées que quand elles demandent des choses faciles et pour lesquelles il ne faut pas de liiiracleâ comme pour vous faire rendre à Dieu. Ce que je ferai sera de gémir devant lui pour la pitié que J'ai de votre ftme. Si Dieu avoit commencé et qu'il vous eût donné la résolution d'entrer dans la voie du salut, nous nous mettrions toutes en prières pour le supplier d'achever son œuvre.
LXXYI.— A Mademoiselle...
Elle Texhorte à rentrer en religion et lui offre une oecasion de la conduire
à Poitiers.
%7 septembre ^6ie.
Je ne pus répondre lundi à votre lettre parce qu'on me venoit de saigner. Nous avons fait ce que vous désirez de nous^ qui est de vous recommander aux prières de nos sœurs^ afin qu'il plaise à Dieu de remédier à cette grande peine que vous ne pouvez dire ; mais les prières des autres n'auront d'efâcace qu'en tant que vous 7 joindrez les vôtres. Priez Dieu moins dé temps à la fois, afin de ne vous faire pas tant d'effort; et faites^ e souvent pour récompenser la brièveté par la fréquence. La peine que vous 7 avez n'empêchera pas que Dieu ne l'ait agréable^ pourvu que cette peine ne soit pas un désordre ou une mauvaise disposition d'esprit qui soit volontaire, car lors nos oraisons se tournent en péché^ a7ant la hardiesse de prier et de nous présenter devant celui auquel nous ne voulons paisf obéir. Prenez garde si vous ne résistez point à Dieu , et s'il ne veut point autre chose de vous que ce que vous faites^ ert que votre orgueil ne se veuille abaisser sous la conduite de sa providence à votre égard. Je ne sais pas si Dieu veut que voiM fassiez effort pour entrer présentement en religion^ mais je sais bien qu'il ne veut pas que vous en parliez de la sorte que
|i8 LETTRES DE LA MERE AGNÈS.
\ous faiteSy et que vous devez ne respirer autre chose^ et prier Dieu coniinuellemeDt quMI vous en ouvre les moyens, et qu'il prépare votre cœur à y rentrer d'une si bonne manière que vous n'en sortiez plus : quoique vous ne deviez pas faire réflexion sur la sortie, dont vous serez toujours moins coupable que de ne pas poursuivre l'entrée. Je sais bien que la prudence humaine a des raisons contraires si vous la voulez suivre. Il ne vous faut pas plaindre des remords de votre conscience. Vous ne sauriez manquer d'en avoir en prenant un si mauvais guide. Hais sans envisager ni l'un ni l'autre, humiliez-vous devant Dieu, et renoncez à ce mauvais courage que vous exercez contre vous-même, puisqu'il n'y a que vous qui en receviez du dommage.
En écrivant ceci J'ai appris qu'il se présente une occasion la plus favorable du monde pour vous conduire à Poitiers, qui est un voyage de M. et madame de Chazé avec M. Singlin. Je vous le dis sans apparence que vous soyez assez bien disposée pour vous prévaloir de cette occasion, ayant trop de consultations à faire avec la chair et le sang et avec ce faux honneur du monde que vous croyez si engagé en vous exposant de nouveau à être renvoyée. C'est de quoi l'on ne vous sauroil rien assurer: mais si Ton doit hasarder quelque chose, ce doit être pour un si grand bien. J'aurois cru vous donner sujet de vous plaindre de moi, si je ne vous avois fait' une si belle offre. Voyez, ma sœur, si elle est à néghger, et si vous ne devez pas demander incessamment à Dieu quMI vous mette dans le cœur les mouvemensque vous devez avoir |)our une chose si importante à votre salut. Et ne vous imaginez pas que l'on vous en prie et que vous ferez beaucoup de l'accepter, puisque c'est au contraire un effort de la charité que l'on a pour vous, qui fait passer par-dessus les imperfections de votre esprit, pour contribuer à quelque bonne volonté que Dieu vous adonnée avec la connoissance de la vérité qui fait espérer que Dieu vous fera miséricorde.
Adieu, ma chère sœur, je suis toute à vous, je le supplie de vous faire être toute à lui.