LXXVII.— A MademoiteUt
Il faut être religieuse ttant de le devenir. — Pratique de Tabbé de Saint-
Cyran, quand on se sent quelque attache,
* ' Le e odobre ^Ue.
Ha très-chère sœur , Je suis marrie que vous ayez été en peine de moi ; il a'y a pas eu sujets n'ayant point été dangereusement mal^e, quoique j'aie été quinze jours au lit parce qu'on me faisoit jeûner^ ce qui m'a rendue fort foible. Je suis maintenant dans la communauté^ Dieu merci, mais la maladie de notre mère est cause que je n^ai aucun loisir. Je suis de votre avis, ma très-chère sœur^ d'attendre le retour de H. Singlin pour prendre son avis sur le refus qu'on vous a fait. Je vous sais bon gré d'avoir fait faire cette demande. Enfin vous voilà devenue postulante de religion, et Dieu ne vous regarde plus comme une mondaine. Conservez-vous dans cet état, et que Dieu voie qu'il ne tient pas à vous que vous ne soyez déjà engagée à son service. Je vous en aime beaucoup mieux, et je crois que c'est Dieu qui m'inspire cette affection, parce qu'elle est en lui pour vous. C'est une merveille de sa bonté que vous n'ayez perdu votre vocation parmi tant de retardemens et de froideurs, et en ayant pris tant de part à la corruption du monde. Si vous laissiez éteindre cette étincelle qui vous reste, je perdrois quasi espérance que Dieu vous rappelât de nouveau. J'espère, ma chère sœur, que ce malheur ne vous arrivera pas, et que vous vous regardez déjà comme religieuse; car qui ne l'est avant que de l'être, ne mérite pas que Dieu lui fasse la grâce de le devenir. Comme Dieu frappe les cœurs invisiblement sans que les hommes en voient rien, il faut aussi que les âmes lui correspondent intérieurement sans attendre les moyens et les occasions extérieures, qui ne doivent être que le rejaillissement et l'effusion de la plénitude du dedans. Notre- Seigneur dit dans l'Évangile : Donnez, et il vous sera donné. Ce n'est pas qu'il ne nous donne le premier, car sans sa grâce prévenante nous serions incapables de lui donner jamaii rien, mais il ne compte point cette première grâce et veut que nous lui donnions quelques effets de fidélité à sa première
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grâce, afin de nous en faire de nouvelles. Je vous dirai un exercice de dévotion que j'ai trouvé dans une lettre de M. de Saint-Cyran^ de celles qui ne sont pas imprimées. 11 dit: Lorsqu'on se trouve attaché à quelque chose, il faut se retirer en quelque lieu écarté, comme pour faire une chose extraordinaire (outre les autres prières) , et là dire à Dieu : Tirez mon âme^ monDieu^ par Jésus-Christ^ de TafTection que j'ai à telle et telle chose y et faites que Toblation que je vous en fais floit une oblation de sacrifice et d'holocauste, qtfi s'accomplit dans la ruine et la consomption de la chose qu'on vous offre. J'ai cru^ ma chère sœur, que cette dévotion vous seroit utile ^ et que vous la pratiqueriez de bon cœur par honneur à celui à qui Dieu Ta inspirée. Je crois que vous vous souvenez hien que c'est jeudi prochain le jour de la mort de notre bon pèrc^
IiXXVin.— A Mademoiselle....
Va vie religieuse est uo sacrifice que Ton fait à Dieu. — Mort de M. MangueleÎD, confesseur des solitaires de Port-Royal.
Le 9 octobre 4646.
Je vous ai écrit bien amplement, il y a trois jours ; vous verrez par là que Je suis encore au monde^ et que je n'ai rien perdu de l'affection que j'ai pour vous; au contraire, je me sens tout à fait liée à vous, depuis que vous êtes résolue de vous sacrifier à Dieu^ car il faut appeler comme cela la vie religieuse où l'on meurt tous les jours, étant mise au nombre des brebis destinées à la boucherie^ mais pour être un holocauste à Dieu.
Vous avez bien raison, ma chère sœur^ de nous plaindre pour la perte de M. MangueieinV Notre-Seigueur nous aYoit fait un grand présent de nous le donner; c'est une perte inestimable et quasi irréparable tant il se trouve peu de telles personnes. M. Singlin en est fort touché ; il se reposoit beaucou p sur
« L'abbé de Saint-Cyran.
* Pierre Manguelein, chanoine de Beauvais, docteur de Sorbonne, se
filira à Port-Royal. Peu après, en 4644, il accompagna Tévéquede Baxas. tant revenu après la mort de ce prélat, en 4 646, il l'ut chargé par M. Singlin de confesser les solitaires qui étaient à Porl-Royul-des-Champs. Mais au bout de neuf mois, Dieu Tappela à lui le 24 septembre 4646.