LXXIX.— A MADBMOISBLUI..». i3i
lui, et c'étoit une même chose que leur esprit et leur conduite.
LXXDC.— A Mademoiselle....
Elle rengage à écrire à la supérieure de la VisilatioD de Poitiers, en lui témoignant le désir d'être admise en cette communauté. — La religion a pour fin la perfection évangélique, et donne des moyens pour Tacquénr.
Ce 47 octobre 4646.
J*ai parlé de vous à H. Singliu. Je lui ai dit que tous aviez demandé une place à Sainte-Marie, et la réponse qu'on vous a faite. Il est d'avis que voussuiviez le conseil qu'on vous adonné d'écrire à la révérende mère, et que vous le fassiez avec beaucoup d'humilité et en lui témoignant un grand désir d'être admise en leur sainte communauté. Ce ne sera point un déguisement^ puisque dans le fond de votre âme vous vous sentez obligée d'être religieuse, et que vous devez désirer avec ardeur ce que Dieu demande de vous, et d'entrer dans la voie qu'il a choisie pour vous sauver, qui n'est pas la vie du monde où vous vous éloignez de plus en plus de votre salut.
Je vous estimerai bienheureuse si Dieu vous fait la grâce d'être reçue en cette maison, et je crois que vous aurez le même sentiment, sans vous arrêter à ce qui vous peut choquer l'esprit, qui ne vous concerne point, et qui n'est pas comparable aux misères du lieu où vous êtes : ce seroit faire comme une personne qui seroit emmy ^ les champs où il pieuvroit à verse, et qui ne voudroit pas entrer dans une maison parce qu'il y auroit quelques tuiles cassées par où il tombe un peu d'eau. Il n'y a guère de religion où il n'y ait quelque fente ou quelque petite brèche par où il entre quelque peu de l'esprit du monde, mais qu'est-ce que cela au prix de la corruption de la cour, où l'on boit l'iniquité comme l'eau. C'est ce qui vous doit obliger de poursuivre incessam* ment votre délivrance, et de ne point tant considérer ce <|ue vous prenez, puisqu'il sera toujours préférable à ce que vous quittez. Priez beaucoup le bienheureux évêque de Genève de vous recevoir pour sa fille, et de vous donner l'esprit de son ordre qui est un esprit d'humilité, de douceur, de simplicité et
t Au nnilieu des champs.
de charité ; tout cela vous est fort nécessaire^ et vous n'aurez pas peu à faire pour vous perfectionner dans cet esprit. Il n'y a point de religion qui ne se propose pour fin la perfection évangélique, et qui ne donne des moyens pour l'acquérir par le renoncement que Ton fait au monde^ et la consécration de tout soi-même à Dieu pour lui être une hostie vivante. Arrêtez-vous à cela qui est le principal^ et ne vous arrêtez point à tout le reste. Votre esprit a besoin d'être renversé autant dans ses inclinations spirituelles que dans les naturelles, parce que vous prenez beaucoup de part à tout ce que votre propre jugement vous fait croire être le meilleur. Nous prierons Dieu qu'il dispose l'esprit de la mère à vous faire charité^ et qu'il prépare le vôtre à la recevoir. Regardez- vous comme une victime qui doit être immolée à Dieu, et soyez où vous êtes comme si vous n'y étiez déjà plus. Défiez-vous beaucoup de vousmême, vous souvenant que vous avez déjà deux fois manqué à Dieu, et que vous ne sauriez lui être fidèle s'il ne vous donne une grâce puissante, pour humilier votre esprit qui s'élève toujours au-dessus de lui-même; c'est ce qui vous est le plus nécessaire, et que je supplie Noire-Seigneur de vous donner. Vous savez, ma chère-sœur, que je suis toute à vous en Notre- Seigneur Jésus-Christ.