LXXXI.— A Monsieur Amanld
Au sujet d*un chapitre des Constitutions de Port-Royal * qu'il avait trouvé trop courte et auquel elle avait ajouté quelque chose.
De Part'RoycU, ce 17 mon (4647).
Mon père^ Il m'est souvenu que vous nous avez dit que le chapitre de la confession étoit trop court. Nous y avons donc ajouté quelque chose, ce que je fais presque sans réflexion^ sur l'espérance que j'ai que l'on corrigera, et même qu'on supprimera tout ce qui n'est pas à propos. Je désirerois encore que cela donnât des ouvertures d'esprit pour y mettre ce que je ne sais pas^ en récompense de ce que je m'expose à Thumiliation en mettant tout ce qui me vient à l'esprit, que j'improuve moi-môme, voyant bien que ce n'est pas cela qu'il faudroit dire^ et que je produis néanmoins^ n'ayant pas mieux. Notre mère croit que cet article est de grande importance parcfe qu'il pourra arriver qu'on n'aura plus d'autres instructions que celles qui seront dans les constitutions^ et il esta craindre qu'on ne vienne à se servir de la confession selon les maximes du temps, en y mettant toute sa confiance.
^ Les Constitutions de Port-Royal sont de la Mère Agnès, excepté l'Institution des Novices, qui est de la sœur Gertrude.
Je Yous supplie très-humbleinent devous souvenir de la conférence. Je Youdrois bien que yous y missiez du vôtre^ car elle a besoin de quelque chose qui Tassaisonne. Je vous supplie très-humblement de m'offrir à Dieu.
LXXXU.— A Monsieur Amanld.
Elle le remercie d*avoir reyu les Constilutions de PorURoyal. — l^ soeur Marie de Sainte- Agnès de Rubentel est reçue à la profession.— Désintéressement de la Mère Angélique .
Mon père. Je vous remercie très-humblement de la peine que vous avez prise de voir nos constitutions, et des bonnes et solides corrections que vous y avez faites. Il me semble que vous les avez trop épargnées^ car hors ce qui est de M. de Saînt-Cyran, rien ne m'en contente, et je m'attendois qu'on y renverseroit tout, et qu'il n'y demeureroit pierre sur pierre. Hais le mal c'est que vous n'avez point le loisir de vous y appliquer ni les uns ni les autres, tellement qu'il en faut demeurer là y au lieu que Je pensois ne dresser que des mémoires sur lesquels on travailleroit.
JVotre mère vous envoie une lettre de L. où vous verrez la consolation qu'il reçoit dans sa solitude ; il n'y a que la P. qui empêche que sa joie ne soit parfaite. C'est une chose étrange combien les attaches font de mal. II croit que Dieu s'est servi de lui pour convertir P., et au contraire l'esprit malin s'est servi de P. pour attacher L. et lui faire perdre cinq ou six années à l'entretenir dans ses foiblesses et ses amuscmens. J'espère que Dieu lui fera oublier peu à peu, et ce sera alors qu'il lui pourra être utile, quand elle saura qu'il ne sera plus attaché qu'à Dieu seul. Vous verrez aussi la lettre de H. Singlin qui parle de lui:
Je crois que vous savez que ma sœur Marie de Sainte-Agnès ' est reçue à la profession (on a bien eu de la peine à en venir là). Je m'assure que vous lui auriez donné voire voix, car vous êtes un homme de miséricorde. Notre mère a parlé fort religieusement à monsieur son père, qui lui disoit d'ordonner ce
^ De Rubenlel. Elle est morte le 3 septembre 4 677.
LXXXni.— A U SCBUa ANGÉLIQUB de S^- AGNÈS. 138
qu'il devoii faire. Elle > a tout remis à sa volonté et à la pengée que Dieu lui donneroit^ et cela sincèrement^ en sorte que sans avoir égard à ses trente mille livres de rente, s'il ne veut donner qu*une pension viagère, on s'en contentera. Nous verrons ce qu'il résultera de ce procédé ; Dieu veuille que le cœur soit aussi pur que les pensées et les paroles!
Adieu, mon très-cher père; permettez-nous, s'il vous plaît, de saluer votre compagnon, et de me recommander à vos prières.
Ma sœur Geneviève de l'Incarnation * est fort malade. Vous savez que ce seroit une perte notable pour la maison. Je vous supplie très-humblement de la recommander à Dieu.
Renvoyez les lettres, s'il vous plait.