‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 86 sur 246 · LXXXIII.— A la sœur Angélicpie de Sainta-Agnès de Varie · texte numérisé non relu

LXXXIII.— A la sœur Angélicpie de Sainta-Agnès de Varie

de la Falaire •.

Au sujet de Tudiod de rinsUtut du Saint-Sacreoient avec Port-Royal ^.

Fin de 4647.

Ma très-chère sœur. Je vous remercie très-humblement de m^avoirfait part de votre lettre'^ qui contient un abrégé 4%^;. nos devoirs au regard de notre nouvelle obligation. Jevotaî; avoue que je croyois que la nouvelle de cette grâce dût faire plus d'effets que je n*en reconnois en moi et en d'autres. Je s sais bien que les mouvemens du eœur sont cachés, mais il

» La Mère Angélique.

* La sœur GeneTÎève de l'Incarnation Pineau . Cette sœur avait fait profession à Port-Royal en 1 631 . Elle avait alors Templot de cellerière.

» Cette sœur fut envoyée à Tard en 4630, et revint à Port-Royal en 463^. Elle est morte le 9 octobre 4658. On a d*tlle unt Relation (la 5* du t. lo' des Mém. d'Utrechl) des vertus qu'elle a observées dans la Mère Angélique Arnauld ; et une autre , très-courte , ayant pour sujet les sentiments de la Mère Agnès pour cette sœur. Thid., t. lli, p. 250.

^ Ce fut en 4647 que le Pape accorda la permission pour It translaii^Ni de rinsiitut du Saint-Sacrement au monastère de Port-Royal. M. du Saussai, officiai et grand- vicaire, vint donner aux religieuses de Port-Royal riijibil du nouvel Institut, qui consistait en un scapulaire bUiic sur lequel éuit cousue une croix tou^c. Ce fut le 24 octobre 4647 que se flt cette cérémonie.

s C*est une lettre de la Mère Angélique. On la trouve cî-tprès en entier, parce qu'dJe n*est pas imprimée dans le recueil de lettres.

136 UtTTRKS DE LA MÉRB AGNÈS.

me semble qu'ils devroient rejaillir sur l'extérieur pour le rendre plus sérieux, plus grave, plus recueilli et plus occupé d'une faveur si particulière. J*espère que cela sera avec le temps; et que nous prendrons un air de religion que nous n'avons point, c'est-à-dire, de mortification et de retenue en nos actions qui feroit qu'on se donneroit de l'édification les unes aux autres.

J'ai une pensée que nous devons demander ces dispositions les unes pour les autres, et que^ ne méritant pas de les recevoir nous-mêmes. Dieu nous les donnera peut-être en considération de la charité que nous aurons eue pour nos sœurs, et de la préférence que nous ferons d'elles, croyant qu^eUes sont plus capables des dons de Dieu que nous ne sommes nousmêmes. C'est pourquoi, ma chère sœur, je n'ai garde devons refuser ce que vous me demandez ; et par imitation de votre dévotion, je vous supplie très-humblement de dire pour moi : Gloria tibi Domine^ qui naius es de Virgine^ etc. Nous avons grand sujet de dire que Dieu a regardé le néant et la bassesse de ses servantes, tout au contraire du dessein qu'on avoit de faire un monastère d'âmes choisies; mais pourvu que nous soyons humbtes nous serons assez grandes.

Lettre de la Mère Marie Angélique Amanld à la sœur Angélique

de Sainte-Agnès.

Sur It nouvelle obligation que les Religieuses de Port-Royal avaient contractée en devenant filles du SaintrSacrement.

Fin de 4647.

Ma très-chère sœur. J'ai été bien aise que vous m'ayez dit vos sentimens sur la grâce qu'il platt à Dieu de nous faire, laquelle vraiment, comme vous le reconnoissez, est très-grande, et à laquelle nous devons avouer que nous avons une très-grande disproportion, ce qui doit nous rendre confuses et extrêmement humiliées devant Dieu, qui depuis plusieurs années sème ses saintes vérités et multiplie ses grâces en ce monastère, sans que les fruits y paroissent encore, et je vous avoue que j'appréhende beaucoup le compte qu'il nous en demandera.

La nouvelle (d)ligation que nous contractons en devenant

LETTU DB LA MiBB XAK1B-AN6ÉLIQUB. 437

filles du Saint-Sacrement est un surcroît de grflce i)ui nous rendra plus ingrates^ si nous sommes si misérables de n'en faire pas bon usage; car tous les chrétiens doiyent être vrais enfans du Saint-Sacrement , puisquMl est Pâme de la sainte Église, et qu'il est la nourriture de tousses enfans. La plupart des chrétiens ne leconnoissent pas^ et sont criminels dans leur ignorance et par leur ignorance. Nous qui l'avons connu principalement d'une toute autre manière depuis plusieurs années, il est certain que notre crime sera extraordinaire si nous endurcissons nos cœurs à la voix de Dieu^ et si nous méprisons lant de témoignages que son infinie bonté nous donne qu'il veut être servi dans ce monastère.

Vous me demandez^ ma chère sœur, comment nous deviendrons vraies filles du Saint-Sacrement; et je vous réponds en un mot que ce sera en vivant comme Jésus-Christ Notre-Seigneur vit au Très-Saint-Sacrement. Ce qui m'a fait admirer la rencontre que la divine providence a faite, que le dernier chapitre de notre règle échût le jour que je dis à nos sœurs que nos affaires étoient faites pour être du Saint-Sacrement; parce qu'il sembloit que notre père saint Benoit nous disant que la perfection n'étoit pas comprise dans sa règle, quoique tout ce qu'un saint homme rempli du Saint-Esprit peut dire de bons enseignemens pour la perfection chrétienne y soit, néanmoins ce n'est qu'une lettre morte ; et il sembloit que Dieu nous témoignoit que nous devions alors prendre tous ces enseignemens en Notre-Seigneur Jésus-Christ vivant au Très-Saint- Sacrement^ et y continuant par un singulier miracle de charité la vie humble, pauvre et crucifiée qu'il a menée sur la terre, afin que tous ses enfans qui vivroient dans tous les siècles depuis son incarnation ne se plaignissent point de ne l'avoir pas vu vivant dans sa vie mortelle, le voyant encore plus saintement et plus utilement vivre pour eux dans le divin Sacrement et avec un plus grand exemple de toutes les vertus.

Pour nous bien disposer^ je pense, ma sœur, (|u'il faut espérer que la bonté de Dieu qui se montre si abondante et surabondante sur notre misère la détruira, pourvu que nous ne cessions jamais de l'en supplier, que ce soit notre unique désir^ méprisant toute autre chose comme indigne 4'avoir aucune

{38 UiTTRES DE LA MÈRE AGNÈS.

place dans des filles que Dieu daigne destiner à lui rendre un honneur perpétuel. En quoi nous ne devons pas (nous) attendre à nos sœurs qui sont à Tassistance du Très-Saint-Sacrement, mais nous devons autant qu'il nous sera possible^ avec la grâce de Dieu^ y avoir toujours l'esprit et le cœur présens; autrement nous ne nous acquitterions pas de notre devoir^ et quand notre tour viendra nous serons mal préparées pour nous y présenter, si au moins nous ne nous humilions beaucoup de nos négligences auparavant. Et cette assistance que nous rendrons au Saint-Sacrement n'est pas notre principal devoir; mais c'est Timitation du Saint-Sacrement^ sans laquelle nous ne lui plairons pas en cette assistance^ au contraire, nous lui serons à charge et à déplaisir comme les sacrifices des Juifs. Priez Dieu pour moi, ma sœur^ comme je le prie pour vous, afin que sa grâce ne soit pas vaine en nous.

LXXXIY.— A Madame l'Abbesse de l'Ean *.

Elle rassure des prières qu'elle fait pour elle, et riDforme que la sœur Hélène de Sainte-Agnès de Savenières vient à Port-Royal.

Vers 4647.

Ha révérende mère, Vous m'obligerez beaucoup de vous assurer du très-humble service que je désire vous rendre devant Dieu par mes petites prières. Ce m'est un motif de tâcher à les rendre meilleures, afin de n'être pas à votre égard une servante tout à fait inutile, comme je le suis et le serai toujours à regard de Dieu. Nous lui rendons, ma révérende mère, de particulières actions de grâces de vous avoir fait trouver la paix de votre esprit en un lieu saint, où il vous a appelée après tant d'agitations et de tempêtes *.

1 Madame de Chiveray, sœur de madame d'Aumont, et coadjutrice, puis abbcsse deTEau, abbaye de Ctteaux, près de Chartres.

* L*abbesse de TEau, qtii avait été interdite, était parvenue îi rentrer dans son abbaye; elle présenta une requête où elle demandait que sa coadjutrice (madame de Cbt?eruy) fût transportée daus une autre maison, ce qui fut ordonné. Celle-ci se retira quelque temps à Gif. — La sœur Uélène de Sainte- Agnès de Savenières, qui était religieuse à TEau, obtint aWs de sortir ; elle Tint i Port- Royal et y fut reçue en 4647. — Voyez sur cette 8<Bar les Mémoire$ hiêt, eî chron., tom. Il, p. 473.

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