‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 90 sur 246 · LXXXIX.— A là sœnr Elisabeth de Sainte-Agnès le Féron K · texte numérisé non relu

LXXXIX.— A là sœnr Elisabeth de Sainte-Agnès le Féron K

Sur les avantages de la solîtode de la maison de Port-Royal-des-Champs. — Le plaisir qu*on prend dans les choses visibles diminue aatant la vie de lagrftce.

Mardi 22 septembre (464S).

Ma très-chère sœur, J'avois cru vous écrire plus tôt^ c'est pourquoi je ne vous aTois pas fait faire de remerctmens de la peine que vous avez prise pouj*^ nous ; Je le fais à présent de tout mon cœur y et plua encore de votre bonne volonté^ que vous me témoignez si cordialement que je vous en demeure fort obligée.

Je suis aussi fort satisfaite, ma chère sœur, de IWection que vous avez à présent pour cette maison. Je m'étois étonnée qu'elle ne vous eût point plu, m'étant avis que la grâce que Dieu vous a faite de vouloir être à lui sérieusement vous devoit faire estimer peu de chose l'agrément d'une maison religieuse où Ton ne doit aspirer qu'au royaume de Dieu^ et à cette maison éternelle qui n'est point faite de la main des hommes, et de laquelle Dieu même est l'architecte et le fondateur.

Je vous parle comme aune grande personne, parce qu'il ne faut point être enfant dans les maximes de la piété chrétienne^ qui nous apprend que tout le plaisir qu'on prend dans les choses visibles diminue autant la vie de la grâce. Je vous en prends à témoin, ma chère sœur, dans l'expérience que vous avez faite que vous priez Dieu avec plus de dévotion dans notre chœur qui est si obscur, que vous ne faites dans celui de Paris qui est si clair. Cette règle est générale pour toutes choses, que plus on ôte aux sens et plus on donne à l'esprit; quoique l'on dise maintenant dans la dévotion commune que l'un n'empêche point l'autre, et que l'on peut bien être à Dieu encore que l'on prenne mille sortes de satisfactions hors de lui. Il est vrai que les plaisirs innocens qu'on appelle

i Ceue sœur était alors pensionnaire à Port-Roval, et nommée Isabelle le FéroD. Elle était née le 45 novembre 4633; elle entra à Port-Royal en 4640, à Tige de 7 ans. Elle prit Tbabit de novice le 44 septembre 4652, et fit profession le 24 septembre 4653. Elle est morte le 26 avril 4706.

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n'ôtenl pas la grâce de Dieu, maïs ils l'affolblissent toujours, et elle a autant de peine à se conserver dans. ces âmes molles et sensuelles, que Teau hors de sa source qui se corrompt bientôt. Notre^Seigneur dit qu'if faut perdre son âme pour la sauver, c'est-à-dire perdre les choses extérieures pour les intérieures, et les profanes pour les célestes. Je vous ai dit tout ceci, ma chère sœur, par une effusion des sentimens de mon cœur pour la joie que j'ai de ce que vous avez reconnu votre erreur, et que vous n'êtes plus enchaptée delà beauté d'un bâtiment; cela me fait espérer que, si vous retournez jamais au monde, vous ne serez point capable de l'illusion de toutes ces vaines beautés qu'on y voit, parce que vous serez prévenue de Tamour de la beauté éternelle qui fait déjà rejaillir son rayon dans votre cœur. Priez bien sainte Agnès, votre patronne et la mienne, afin que vous soyez ferme comme elle à n'aimer que Jésus- Christ qui est seul digne de tout l'amour de votre cœur.

Je salue très-chèrement ma sœur Marguerite Féron, mes sœurs de Buzenval, ma sœur Hébert, et toute !a chambre. Je mets ma sœur Geneviève de sainte Thècle à part, car elle est une grande et sage fille, à qui j'ai retenu place en cette maison pour y venir goûter l'aimable solitude qui remplit tout le cœur decelles qui la possèdent, en sorte qu'elles ne peuvent désirer 1«i compagnie de leurs chères sœurs de Paris, sinon en souhaitant qu'elles puissent venir à elles; et parce qu'elles n'osent désirer que la réunion se fasse puisque Dieu a voulu avoir deux maisons, elles ne veulent aspirer qu'à cette maison éternelle dans laquelle il n'y aura plus qu'une bergerie et un pasteur, et où étant dans la société de tous les saints, nous serons pourtant éternellement solitaires, puisque Dieu seul sera l'objet de notre amour.

Je suis toute à vous, ma très-chère sœur.

XC— A nne religi|pia de Port-Royal.

Sur la nécessité de se relever de ses imperfeclions, et de s*éIoigner des distractions pendant Tofticf divin et TOraison.

46 octo&r0 4648.

Ma très-chère sœur, J'ai répondu à la principale partie de

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