XC.—A UNB BELIGIEUSE Dl FOHT-BOYAL
voire lettre en vous envoyant des.... et je n'ai pu jusqu'à cette heure faire davantage, m'étant trouvée mal depuis Téleetion '. Tout ce que je vous puis dire, ma chère sœur^ sur ce que vous m'écrivez de vos imperfeciions^ c'est qu'il faut se reprendre aiwitôt qu'on s'en aperçoit, et s'imposer pénitence» quand ce ne seroit que de baiser la terre, frapper sa poilrine, dire un Pater ou autre chose avec un gémissement intérieur et une invocation du secours de Dieu, avec un désir intérieur de lui être ûdèle. Il ne faut pas s'attendre aux prières d*autrui, sinon pour suppléer à la foiblessc des nôtres; mais^ quand on ne prie pas soi-même , Ton ne mérite pas de participer aux prières des autres. Les vierges sages de l'Évangile ne voulurent point donner de leur huile aux vierges folles, pour nou» apprendre que personne ne portera devant Dieu que ses propres œuvres.
Ce qui d'ordinaire fait plus de tort, ce sont les distraction^ à l'office, qui nous empêchent d'en retirer aucun fruit. Demandez beaucoup à Dieu qu'il vous donne la révérence et la crainte de sa divine majesté à laquelle vous parlez en disant l'office. Saint Paul dit que Dieu ne peut être moqué, c'est-à-dire que sa grandeur infinie ne peut souffrir les irrévérences et les mépris que ses créatures lui rendent; et il n'y en peut avoir de plus grande que de le prier en lui tournant le dos, qui est ce que fait une âme qui entretient ses distractions.
Pour l'oraison, il est plus difficile de tenir son esprit arrêté. Quand on n'a point de pensées, il vaut mieux dire de fois à autre des prières vocales, comme un Yeni Crealory un Ave maris Stella^ des versets des pseaumes que vous entendez , et qui vous donnerout de la dévotion; puis demeurer un peu de temps en silencedevant Dieu,lui disant : Parlez, Seigneur, car votre servante vous écoute* Un jour, vous vous tiendrez à ses pieds comme la Cananée, lui demandant des miettes de sa table pour nourrir votre âme; un autre jour, comme le centenier, le suppliant de vous dite une seule parole pour guérir votre âme ; une autre fois, comme la Samaritaine, priez-le de
^ L*éleclioD de la mère Angélique Arnauld, qui fut continuée abhesie de Port-Royal, pour la troisième fois, le 4 octobre 4648»
VOUS donner de Teau vive qui vous ôle la soif de toute autre chose que de lui. Il faut user de toutes sortes de moyens pour exciter Yotre esprit et -votre cœur à connottre Dieu et à l'aimer sur toutes choses. Si vous vous éludiez au silence^ Dieu vous récompensera en vous donnant de saintes pensées, et la |Nivation que vous aurez de l'entretien des créatures vous disposera à la communication de votre fime avec Dieu. Je le supplie, ma chère sœur, qu'il vous en fasse la grâce. Je suis en lui, etc.