XCVII.— A LA MBUR MARIE -AN6ÉLIQIIB DB SAINT-PAUL
la colère de Dieu s'allumera dans bref, et que lors il n'y aura f heureux que ceux qui se confieront en lui. Cette parole me frappa ai^ant-hier en disant Matines, tant pour le temps pré^ sent où la vengeance de Dieu semble toute prête à s'élancer sur nous^ que pour les autres temps de paix et de calme où elle n'est pas moins présente aux yeux de la foi qui n'a pour objet que les choses éternelles. Vous avez bien raison de craindre plus les ennemis du dedans que cenx du dehors; sans les premiers^ les autres ne nous persécutent pas, mais ils nous couronnent. Ce qui se passe maintenant ne sert qu'à nous faire Toir ce qui s'est passé en nous auparavant^ car il n'y a d'abattus par les afflictions que ceux qui ont été corrompus par les prospérités. C'est M. Singlin qui nous Ta dit^ après l'avoir appris de saint Augustin.
Il n'y a encore rien de réglé touchant la proposition que vous me faites de loffice des grandes fêtes : je crois néanmoins que la mère Marie des Anges étant actuellement supérieure, elle le doit faire *. Pour ce qui est de l'exécution, cela dépendra de sa santé et de la facilité de sa voix, qui suffit d'être médiocre.
M. Singlin nous avoit déjà dit les larmes que vous aviez répandues sur le sujet de votre bonne sœur. Je vous avoue que cela m'émeut beaucoup contre celle qui apprit cette fausse nouvelle à la conférence, sans savoir qui c'est, dont je suis bien aise, afin d'être plus assuré que mon ressentiment est contre la faute et non contre la personne. Je me fâche de cela parce que je ne puis comprendre qu'on ait l'indiscrétion de dire une telle cliose publiquement. J'ai appris plusieurs fois des choses semblables depuis les guerres, qui m'ont percé le cœur autant que mon peu de charité m^en rend capable; mais je n'ai jamais cru qu'il y pût avoir aucune utilité à en rien dire à personne. Il me semble qu'une de nos pratiques en ce temps doit être de ne point du tout parler de ce qui se passe, et si l'on en apprend quelque chose de n'en faire part à personne, mais de faire mourir tout cela en soi, comme ne ser-*
* Là Mèrt A^nès l'aTtii laiasétt à PorV-Rojal ds Paris povi vaîlUr a«r la communauté qui y restait, pendant qa*elU était réfugiéi avse plua de IrtAle religieuses dans la maison de M. de Beroières.
vant de rien qu'à donner de vaines craintes ou de vaines espérances. Pour le premier, nous devons dire : Dominus t7/titninatio mea et salus mea, quem limebo. Pour le second : NoliU confidere in filiis hominumj in quibus non est saliis. Il n'y a qu'une chose que je tiens pour licite^ et qui m'est nécessaire même pour avoir du repos, qui est de m'enquérir s'il n'y a point d'alarme à notre faubourg; c'est à quoi je pense pour l'ordinaire quand je me réveille la nuit, et je dis ensuite : Dem qui virginalem aulam. J'ai grande confiance aux prières de notre bon père, et néanmoins je ne suis pas assez inspirée pour proposer à personne d'y avoir recours. Vous avez un saint dépôt de lui dans le cloître, mais ne le cherchez pas ail* leurs, parce qu'il n^y est plus; nous l'avons ici avec nous depuis quelques jours. Je suis toute à vous, ma très-chère sœur.
XGYIII.— A la mère Marie des Anges Snireaa <.
Sur la mort de la sœur Madeleine de Sainte -Christine Arnauld,
le 3 février 4649.
Samedi 6 février {h ^i9.)
Ma très-chère mère, Il nous est arrivé comme à vous; Ton a pleuré à la Miséricorde sur le souvenir que nous avons eu de la vie de cette pauvre sœur, qui a été dans une mort continuelle de toutes choses. Je crois que Dieu lui a fait la miséricorde de suppléer à ce qui lui manquoit d'une liberté entière qui ne sert d'ordinaire qu'à réfléchir sur nous-mêmes. Cest un bonheur pour notre monastère que la première religieuse du Saint-Sacrement ait été apparemment innocente. Si nous pouvions être par vertu ce qu'elle étoit quasi par nécessité, je veux dire autant privées de toutes choses et aussi séparées, je crois que ce seroit ce que Dieu demanderoit de nous.
> La Mère Marie des Anges Saireau vint à Port-Royal en 4645. Elle prit l'habit de novice en 1616 et fit profession en 1617, à Page de 18 ans.
En 1622 elle fut envoyée il Tabbaye du Lvs pour y être maîtresse des novices; elle y resta trois ou quatre ans. Elle lut abbesse de Maubuisson depuis janvier 1627 jusque 1648, qu*elle revint à Port-Royal de Paris. On rétablit maîtresse des converses postulantes. — Le 26 novembre 1654, elle fut élue abbesse de Port-Roval, et continuée le i*r décembre 1657, jusqu^à sa mort arrifée le 10 décembre 1658.