‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-RoyalChapitre 94 sur 246 · XCV.— A une religieuse de Port-Royal, à P.-R.-de8-Gliamps · texte numérisé non relu

XCV.— A une religieuse de Port-Royal, à P.-R.-de8-Gliamps

Sur le mystère de la naissance de Jésus-Christ. — Le Fils de Dieu, qui exige de nous que nous imitions son exemple^ est venu aussi pour nous donner la bonne volonté.

Vers Ja fin de ^6iS.

Ma très-chère sœur^ C'est de tout mon cœur que je prends part à la grâce que vous attendez à cette sainte fête. Je me réjouis particulièrement que Dieu ait choisi un mystère qui renferme tant d'instructions, afin que la grâce de votre renouvellement étant émanée de l'humilité ou plutôt de l!anéanti&sement prodigieux du Fils de Dieu, vous>oyez obligée, pour la conserver et pour la faire croître, de vous exercer dans les mêmes vertus, qui sont peut-être celles à quoi vous vous étiez autrefois moins appliquée. 11 est vrai, ma chère sœur, que les abaissemens incompréhensibles de Jésus et la simplicité que sa sainte enfance nous propose, avec Tentière dépendance et l'impuissance à quoi il s'est réduit, donnent de la frayeur à notre nature superbe et dominante, s*imaginant qu'elle n'aura que de la tristesse et du trouble dans une telle vie; mais le Fils de Dieu, qui l'exige de nous par son exemple, nous promet quand et quand * qu'il en résultera une paix et une joie dans les âmes de bonne volonté ; et parce que nous pourrions craindre de n'avoir pas cette bonne volonté, qui est moins

1 En même temps.

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commune qu'on ne pense, Jésus^hrist est venu ponr nous la donner. C'est pourquoi il y a une autre version qui dit, comme M. Singlin nous prêcha Tannée passée, que les anges dirent : Gloire à Dieu dans les cieux^ et une bonne volonté aux hommes. Nous n'avons donc pas sujet, ma chère sœur, d'appréhender que rien nous manque, puisque Notre-Seigneur vient suppléer à ce que vous n'avez pas, et accroître ce qu'il vous a déjà donné. C'est déjà un effet qui né peut venir que de sa grâce pleine de' force et de suavité, de vous avoir délivrée de ces terreurs imaginaires qui vous faisoient trouver si affreuses les choses qui vous sont maintenant faciles et agréables. Quand il plaira à Dieu et à notre mère de vous ramener ici, vous y serez reçue avec une plénitude de cœur et d'affection à vous servir. Que si elle juge qu'il soit mieux de vous laisser encore pour éprouver votre détachement et faire croître votre grâce sous la faveur de la privation de cette chère mère, vous nous serez encore plus chère et plus présente dans cette séparation, qui vous rendra plus capable de vous approcher de Notre-Seigneur et de vous attacher à lui seul. En attendant cet événement, je demeure, etc.

XGVI.— A la mère Marie-Angélique Amaiild.

Après uoe grande maladie que la Mère Angélique eut à Port-Royaldes-Cbamps, à la fin de Tannée 4648.

Fm de 4648.

Reliquiœ cogilalionis diem festum agent tibi, votum vovit Deo Jacob.

Ha très-chère mère. Nous ne vous entretiendrons point de nos douleurs ni de nos joies à Tégard de votre maladie et de votre santé. Toutes les deux se peuvent bien sentir, mais il seroit difficile de les exprimer, et si nous le voulions faire, je craindroîs que vous ne nous disiez ce qui est dit en Job : Qui étes-vous qui enveloppez des paroles sans science? car Dieu même qui ne parle qu'une fois, n'aime pas la quantité des paroles. Et vous, ma très-chère mère, vous aimez les paroles abrégées qui se terminent à des effets d*une longue étendue. C'est pourquoi nous avons résolu de vous parler cette sorte de lan-

iS4 LBTTRB8 DB LA MÉRB A«NÈS.

gage, en vous exposant les vœux que nous avons faits à Dieu en action de grâces de votre santé en la manière qui s'en suit. Ma très-chère mère> puisque vous m'assurez que la lumière qui est en moi n'est que ténèbres, je ne veux plus suivre les illusions de mon propre esprit. Je me suis donc résolue de croître en décroissant^ de travailler en me reposant, de chanter en me taisant, en un mot de n'offrir plus à Dieu ces sortes de sacrifices qui lui font dire : Laboravi suslinenSj mais plutôt de lui présenter un cœur simple et docile comme celui d'un enfant. Quand je serai arrivée à cet état, Dieu m'aimera, et ma trèsK^hère mère aussi, et je dirai hardiment que je suis sa Très-humble et obéissante fille et servante.

Sœur Catherine Agnès de Saint-Paul,

Très-indigne religieuse.

XCni.— A la sœur Marie-Angélique de Saint-Paul de Thou

de Bonœil.

Pendant la guerre de Paris. — Retenue que l'on doit avoir li parler des choses qui se pissent. ~ Dans tons les temps, ceni-là sont heureux qui se confient en Dieu.

Samedi 30 janvier 4649.

Ma très-chère sœur^ Je vous remercie très-humblement de vos retenues qui sont fort bonnes. Je serois bien ingrate^ ma chère sœur^ de ne vous pas procurer toute la consolation que Ton vous peut donner au défaut du service que je vous devrois rendre. M. Singlin est souvent à notre conférence, où il nous dit de son abondance et sans préméditation les meilleures choses du monde. Je ne vous dirai pas que je vous y souhaite> car je vous trouve fort heureuse d'en être privée, aux conditions qu^elles nous sont données, qui sont de remplir nos vides, ou plutdt nos ruines, implebit ruinas. Je ne pense pas que Dieu oublie tellement sa miséricorde quMl veuille ac^ câbler cette ville, selon la prédiction qu'on vous en fait. Ce n'est pas que les crimes qui s'v commettent ne le méritent assez. Ceux qui les commettent et qui ne se convertiront point, doivent attendre pire que cela, quoique ce ne soit pas peutêtre si tM; mais ce retardement sera moins qu'un moment quand 11 sera suivi de réternité. C'est pourquoi David dit que

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