Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère
CCCLXIL— A Monseigneur Henri Axnauld, évèque d'Angers. Sur la visite de Porl-Royal, par M. Bail'.
Gloire à Jésus au Très- Saint-Sacrement!
4 septembre (1661).
Mon très-cher père, Notre visite est conclue, et elle nous a laissées au niènie étal (jue nous étions auparavant, ceux (jui l'ont laite n'ayant pu donner atteinte à notre toi, (ju'ils ont reconnue être entièrement orthodoxe. Mais nous avons sujet de nous servir des i»aroles de saint Paul, (lu'encore ((ue notre conscience ne nous reprenne de rien en ce point, nous ne sommes peut-être point justiliées devant les honnnes, parce (|uoii recommence de nous traiter connue criminelles, avant ([ue d'avoir ilécouvert notre crime ; et depuis (jue M. Hail la recherché avec une exactitude non pareille, il a été contraint de nous dire en concluant la visite, (|uil n'avoit rien trouvé dont il ne se sentît ohli;.^é de rendre heaucoup d'actions de i^ràces à Dieu. 11 n'a pas laisse d'ajouter (ju'il auroit été bien allliy;é s'il eût reconnu quelque chose de ce qu'il pensoil, parce (ju'il auroit falhi venir à de taraudes exlrémilés, connue de dévoiler
» Louis Hjil, (lorieur de Sorhoniie ; il fut doiiiié pour supérieur aux rellgieuics de l'orl-Koyal après la retraite de M. Siiiglin. H'oiiez l. I, |i. 4'J7.)
T. II. i
l'une, séquestrer d'autres, et les exeommunier comme des ennemies de l'Église ; el (jue c'eût été iin'grand mal, car l'une fût venue à dire : J'ai saint Augustin pour moi, et l'autre saint Paul, et qu'ainsi il n'y auroit point eu de remède. Ce sont les douceurs que nous avons reçues de ce bon monsieur, qui est tout brûlant de zèle contre des erreurs imaginaires, et qui est incapable de revenir du soupçon qu'il a pris que ceux (jui nous ont conduites sont suspects de celle nouvelle hérésie. Il faut avouer, mon très-cher père, que nous sommes dans un temps bien misérable, puisqu'on y a[)pelle le mal bien, elle bien mal.
Ma sœur Angéhque vous envoie un Mémoire qui est la suite de celui qu'elle vous a envoyé par le dernier ordinaire. M. d'Andilly a élé un peu m;d dun commencement de fièvre qui n'a point eu de suite; mais l'on nous assure qu'il est bien présjntement. Nous n'avons pas laissé d'avoir beaucoup de frayeur, à cause du grand nombre de malades qu'il y a à Port- Royal. Je suis tout à fait édifiée de la piété de mon neveu, qui lui fait tenir si cher ce que nous lui avons envoyé de notre chère mère ', de qui la vénération croît tous les jours, jusqu'à M. Bail qui l'a appelée publiquement notre sainte mère. Demandez, s'il vous plaît, à Dieu, mon cher père, qu'elle ait aussi de saintes filles, afin qu'elles soient dignes d'être vos trèshumbles servantes.
Je ne doute point que vous ne brûliez toutes nos lettres, qui ne sont que pour vous seul, parce qu'on nous a obligées à un très-grand secret, qui ne sera point intéressé quand vous le direz aux deux personnes, dont l'une est toujours avec vous% et l'autre s'y trouve présentement.
CCCLXIIL— A Madame de Foix, coadjutrice de Saintes.
Sur la visite de Port-Royal par M. Bail. — Grand nombre de malades à Porl-Royal-des-Champs.
4 septembre 1G6J.
J'ai grande satisfaction, ma très-chère mère, en a'ous en-
' La mère Angélique.
^ L'alibé Arnankl, fils aîné de M. d'Andillv.