‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 121 sur 205 · XLVI. — A LA 8ŒLR ANGÉLIQUE DE SAINTE-AGNÈS · texte numérisé non relu

XLVI. — A LA 8ŒLR ANGÉLIQUE DE SAINTE-AGNÈS

trui a\ec des mains malades, comme dit saint Augustin. Il nous faut souvent dire à nous-mêmes ces paroles de Notre- Seigneur : ^fédecin, guéri ssez-voua vous-même, puisque nous sommes aussi (juilives en notre manière qu'elles le sont en la leur. Il me semble aussi que vous n'écoutez pas assez les raisons des personnes, et qu'en des choses indilTérentes comme celles (pie vous me dites, il ne les faudroit pas ca|iliver.

Pour ce (|ui est de l'assistance, ce que nous avons dit est très-véritable, qu'il y faut aller avec assujettissement; mais cela s'entend de celles (|ui le peuvent ; et il est vrai que vous êtes trop incertaine de vos heures, c'est ce qui vous en doit ôter les scrupules. Nous avons encore dit une autre fois que l'obligation de la faire est égale à celle de dire l'office en particulier; et l'on m'a dit jii«(|iie-là (ju'elle étoit encore plus grande, parce qu'il n'y a point de canon qui oblige les religieuses de dire l'office hors le chœur, au lieu que nous sommes obligées par le bref île notre Institut à l'assistance perpétuelle du Saint-Sacrement; et cela ne décharge pas les particulières qu'elle se fasse en commun, si elles n'y contribuent en la faisant elles-mêmes. Outre cela, on doit considérer qu'on a ôfé l'oraison du soir pour donner lieu à cette dévotion ; et il se trouve bien souvent que l'on ne fait ni l'une ni l'autre. Il me semble, ma chère sœur, que vous vous chicanez trop vousmême de dire ce que vous dites, car il est à croire (pu* si vous n'aviez point d'excuse légitinie, vous scrie^i toute prèle à faire l'assistance (piand on voudroit. J'estime bi(,'U heureuses celles »|ui en ont le temps; c'est, ce me semble, être appelé au banquet des noces de l'Agneau, non pas pour y goûter des délices, mais pour se fortifier par les viandes (|uil nous y doinn^, (pii sont l'amour de la souffrance, qui est, selon siint Bernard, ce que Jésus-dhrisf appelle nuinger son rorps el boire son sang ; ensuite de (juoi nous devons prendre pour devise ce qui est dit dans notre règle : C'est pour l'amour de vous, Seignetir, qu'on nnus égorge tons les jours, ri qu'on ne tious considère que comme des brebis destinées à la boucherie.

Je crois, ma chère sœur, que vous êtes assez persuadée de vos infirmités pour f lire (pie vous n'ayez point de peine q»ie je vou« conseille de ne point faire de pénitence ce Carême.

Vous ne devriez point entrer en scrupule de ne pas faire les observances qui regardent le corps, mais tâcher de \ous récompenser sur celles qui mortifient l'esprit, dont le silence et la prière fréquente sont des principales.

Je vous assure, ma chère sœur, que je n'ai point de pensée sur la prière où l'on fait amende honorable à Dieu, et que ce que vous m'en écrivîtes me lit croire que vous l'entendiez bien, puisque vous y trouviez un si grand sens que vous eussiez voulu savoir ; car c'est, ce me semble, avoir des pensées sur des choses que de les goûter, et s'élever en les disant au-dessus de son intelligence, qui est la meilleure manière de concevoir les choses divines. Je vous dirai que la première fois que je lus ces paroles, elles me frappèrent l'esprit, et je m'étonnai qu'on usât de ces termes à l'égard de Dieu, trouvant que ce n'étoit pas assez ; mais je crus que Fauteur avoit un merveilleux sens, et que cela alloit au plus grand abaissement où une créature se peut réduire, puisqu'il est question de réparer un honneur qui est infini, et que cet acte nous oblige d'être unis à Jésus-Christ, qui est le seul réparateur de rhotineur de son Père, qui lui avoit été ravi en quelque façon par les pécheurs.

Je suis tout à vous, ma très-chère sœur.

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