‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 122 sur 205 · XLVII.— A la sœur Angélique de Sainte-Agnès · texte numérisé non relu

XLVII.— A la sœur Angélique de Sainte-Agnès

Elle la console sur le manquement de quelques observances: elle lui montre dans quels sentiments elle devait recevoir la répréliension qu'elle lui avait faite.

Ma très-chère sœur. Aussitôt que je reçus hier votre billet, j'en fis un à M. Singlin pour le prier devons voir, mais il étoit cl la ville, dont il ne revint qu'à sept heures, tellement qu'il faudra attendre à samedi. Pour ce qui est de votre seconde lettre, je vous demande pardon, ma chère sœur, de n'y avoir point répondu, je l'ai prise comme une réponse à la nôtre, quoique en effet ce n'en fût pas une, puisque vous m'avez prévenue ; et puis il me sembloit que votre peine vous ayant été ôlée par notre mère, vous ne la deviez plus avoir, je veux

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dire pour l'assistance à l'office, élant certain que vous n'y manqueriez pas si vous aviez plus de santé et plus de force, et ce que vous appelez lanj:ueur n'est ijue dans la nature, qui craint qu'on la traite mal, et (|ui se réjouit (juand on la soulage. Je sais bien qu'il est très-difficile de faire ce discernement pour soi-même, cl (ju'ou ne peut pas même avoir un repos entier sur ce ijue les autres nous en disent, mais c'est aussi dans ces occasions qu'il faut perdre son àme dans l'incertitude, pour la sauver des inquiétudes et des angoisses où l'on s'expose (juand on veut ciiercller de l'assurance. Pour moi. ma chère sœur, vous ne devez pas m'allétruer comme un exemple de ferveur, si ce n'est de celle que la propre volonté et l'altaclie peuvent donner, dont je me sens bien coupable devant Dieu. Il y a tant de choses, outre les extérieures, dans lesquelles on peut se sacrifier à Dieu, qu'il ne se faudroit pas mettre beaucoup en peine quand celles-là viennent à manquer sans notie faute.

Touchant l'autre artichî de votre hîttre, je suis bien marrie, ma chère sœur, de vous avoir donné de la peine pour avoir pris ce (jue vous me disiez autrement qu'il n'étoit. Mais je vous dirai poia-lant (jue si vous étiez iiuiiihic, vous auriez jtris en meilleure part ce (jue je vous en ai dit. Or, n'être [»oint humble, c'est être cou()able; et (piolipie vous auriez pu vous éclaircir comme vous avez fait, r'auroit été sans trouble, et eu craignant ce qui est dit dans rEcriture-Sainte, que personne ne sait s'il est digne d'amour ou df haine; ce (pii se [)eut entendre non-seuk'menl de l'elat de notre àme qui nous est inconnu, mais encore de chaque action, ne pouvant savoir si nous avons bien ou mal agi, c'est-à-dire, si nous avons cherché Dieu ou nous-mêmes. Une si vous demeurez d'accord de cela, et «pie vous trendilicz eonunc Job de toutes vos œuvres, dcvricz-vous être surprise quand on condanuie vus sentimens'.' Vous me direz (|ue c'est à cause du scrupule que cela vous donni; ; mais l'humble acciptatiou de- la répréhcnsiou (pi'on nous fait, et la perle; de nous-mêmes en Dieu, ou nous abîmons toutes nos mist:res, nous fortilient pour les porter avec paix; et le défaut de celle pi ati(|iu! est (.anse des |ieines (|ue vous avez eues. Du reste, ma chefc sœur, vous voyez (pie lors

que l'on a l'esprit libre l'on s'avise des choses à quoi l'on ne pensoit pas auparavant; et ainsi on peut être dans des méconnoissances dont on ne s'aperçoit pas, lorsqu'on pense avoir fait de grandes civilités, parce que la passion a fermé le cœur, j'entends les passions involontaires qui causent des obscurcissemens d'esprit dont le? autres s'aperçoivent bien, mais il seroit inutile qu'ils le disent, parce qu'on ne le croit pas.

Pour la communion, je vous dirai que pour moij'appréhenderois davantage de la faire pour de semblables ressentimens, quoiqu'on les réprime, que pour d'autres fautes assez grandes dans lesquelles on se condamne tout à fait, et dont il ne reste rien après les avoir faites. Mais cela est personnel, et l'on ne doit juger personne là dedans. Je ne sais si tout ceci ne vous fera point de peine : ce seroit bien contre mon intention, puisque je voudrois, s'il m'étoit possible, vous donner une paix parfaite et immuable. Assurez-vous-en, je vous en supplie, ma chère sœur, puisque je ne saurois être à Dieu sans vous aimer, et sans être à vous de tout mon cœur.

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