‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 134 sur 205 · LVIII.— A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LVIII.— A une religieuse de Port-Royal

On gagne à souffrir le retranchement des consolations extérieures. — Elle lui donne divers avis.

Je crois que j'ai plus de peine que vous de ne pouvoir écrire. Je l'offre à Dieu à ce qu'il lui plaise suppléer au défaut d'assistance que je vous rends, dont la privation vous peut être meilleure que de la recevoir, y ayant toujours de l'impureté dans ce qui est donné de la créature, pour la satisfaction qu'on y prend; au lieu que ce qui vient de Dieu entre dans lànie sans l'entremise des sens, et fait en elle des effets imperceptibles qui la font vivre et subsister dans la voie où Dieu la met, sans qu'elle sache comme cela se fait: ce qui la lient en humilité et^ dépendance continuelle de la grâce, comme un pauvre qui reçoit l'aumône chaque jour, qui est une chose bien pénible de se voir sans provision. Et cependant, ce pauvre qui seroit assuré d'avoir tous les jours son besoin, seroit plus riche que le riche, à qui les richesses manquent bien souvent. Cela me fait voir que l'on gagne beaucoup à souffrir les retranchemens des consolalions extérieures, et que rien n'avance tant une âme vers Dieu. Je neveux pas conclure pourtant que vous ne deviez demander à parler quand vous en avez besoin, étant assez qu'après avoir exposé votre peine, vous souffriez qu'on vous y laisse sans vous visiter ni répondre à vos lettres. Mais il faut consulter Dieu auparavant que de deiuander secours aux créatures, puisqu'elles ne vous en peuvent donner si elles ne l'ont reçu de lui, et vous le devez obtenir par la démission que vous faites en sa présence du désir que vous avez d'aller à elles; et lorsqir'il vous inspirera, comme il fit hier, de demeurer dans votre souffrance, vous aurez sujet d'espérer qu'il vous y assistera.

Page 1