‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 133 sur 205 · LVII.— A une religieuse de Port-RoyaL · texte numérisé non relu

LVII.— A une religieuse de Port-RoyaL

De la lernielé en la foi et en l'espérance. — Marque d'une vraie pénileuce.

Pour répondre à votre dernier billet, je vous dirai que ce n'est rien que ce que vous avez contre la foi, mais qu'il ne faut pas pourtant discourir dans votre esprit sur les pensées qui l'autorisent, mais dire simplement dans votre cœur en regardant Dieu : Je crois. Car il n"e.<t pas besoin de s"expli(juer à Dieu. Et si ces pensées se rendent importunes, vous ajouterez

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ce qui est dans l'Evangile : Je crois, Seigneur, mais aidez à mon incrédulité. C'est bien fait de découvrir ces choses-là, quand elles sont venues plusieurs fois en l'esprit, afin de témoi{:ner qu'on se défie de soi-niénie pour y résister, (|ui est un bon moyen pour all'oiblir la tentation.

Votre premier billet ma donné de la peine, parce que si vous [)renez ce train-là, de vous indisposer pour les choses passagères qui arrivent et même pour les fautes que vous faites, ce ne sera jamais fait avec vous. 11 n'y avcit que deux jours que je vous avois écrit assez am|)lement et sur cela même, je veux dire sur la manière (|u'il (alloit se relever et se retirer des inéiralités de son esprit, comme Ion soulfre les indispositions de son corps. Il semble que vous n'écouliez qu'à demi ce «|ue Ion vous dit Vous avez de l'ai-nément et de la soumission, mais point de solidité. Ce n'est pas que vous n'avez bien fait de me dire votre faute, mais il le falloit faire sans ce préambule afTeclé, de tlin? (jue vous n'iHiez |)lii?en bonne disposition; car cela n'est pas vrai, ni la eoncliisiou (|iie si Dieu na pitié de vous, vous ne savez ce »|ue vous deviendrez; (|ui sont des paroles de décoiuagemeul qui vous font |>liis de tort ()ue \os fautes mêmes. Et cependant vous ne man(juez jamais de faire ces conclusions-là dans vos billets, ce qui me fâche tout à fait, car c'est man(|uer aux principes. Souvenez-vous, ma xiMir. (|ue connue il faut être ferme en la foi, il le faut être aussi en l'espérance. Vous ne voudriez pas laisser ébranler \otre ft)i, quehjue tentation qui vous pût venir au contraire. Il faut de' même tenir ferme en l'espérance, (luehjue laute (jue vous fassiez, pane qu'elle ne doit pas être appuyée sur le bien que nous connoissons en nous, mais sur les promesses de Dieu et sur son éternelle prédestination a la(juelle nous devons prétendre et aspirer, ce qui se peut toujours tandis (jne nous ne nous abandonnons pas au mal.

l'romellre à Dieu de ne rechercher aucune satisfaction, c'est la nu illi.'ure maiciiie dune' viaie pénitence.

il UK,' sembloit avoir re|»ondu a votre difficulté en vous disant de nous écrire ce que vous penserez, ce (|uc vous pourrez dire de' vrts peines; car vous ave/, bien raison, ma so'ur, de ci.uudre 1 amour-propre, en cela même (ju'il semble être

contre; il est certain qu'il se mêle partout et qu'il n'y a rien qui en soit exempt, (|ue lorsque Dieu opère en nous secrètement, à quoi nous adl^érons sans le sentir par un simple désir qu'il nous mette dans ce qu'il lui plaît.

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