‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 136 sur 205 · LIX. -A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LIX. -A une religieuse de Port-Royal

Sur l'anaclic tl le irop ii\'in|ir«'S!>nii»iu pour des trrils. — Tous nos nian- (|ii(>rn(>iits vifiiiiiMit ilu délaul d'atUMilidn ii Dieu; il faul s'en relever eu rclo'iricmt vers lui .

Ma sœur. Je loue Dieu de la limiiere (ju'il nous a dormec sur

l'attache que Aous avez à des écrits; encore que je souhaiterois que ce que vous faites par esprit de scrupule, vous le fissiez par une vraie simplicité qui vous fît connoître que rien ne sert que ce que Dieu donne, et encore parce qu'il le veut donner, et non parce qu'on l'exige. Je veux dire que ce n'est pas assez qiron ait les choses avec permission, mais qu'il ne les faut pas avoir désirées ni demandées par amour-propre et désir d'avoir, qui se rend insatiable quand on s'y laisse aller. Vous devezavoirapprisdeM.de Saint-Cyran, à vous contenter de savoir les vérités nécessaires au salut, et à craindre la vanité et la curiosité qui accompagne la science plus étendue de ces mêmes vérités, qui se doivent plus goûter que connoître.

Pour ce qui est des jugemens du prochain, c'est oublier son propre salut que de les faire, puisque notre jugement dépend de ceux que nous aurons faits des autres. Ce point veut être ruminé devant Dieu, afin que sa grâce nous le persuade, et change notre cœur, qui est si favorable à nous et si sévère au prochain.

11 ne faut pas dire que la plupart, mais que tous vos man- (luemens viennent de défaut d'attention à Dieu, car aussitôt que nous cessons de le regarder, il cesse aussi de faire reluire sa face sur nous, qui est le moyen par lequel il opère le bien en nous. Que si par sa miséricorde il ne nous renvoyoit quelque rayon de sa grâce, nous ne nous relèverions jamais, comme nous faisons lorsque, connoissant nos fautes, nous retournons à lui; et ce retour en doit être le remède, comme le détour en a été la cause; et ainsi toujours recommencer à chercher Dieu autant de fois qu'on s'en oublie, sans demander d'autre invention que celle-là même daller à lui, car il est lui-même le chemin |)ar lecjuel on le trouve, le guide qui nous conduit et le mouvement qui nous fait aller; tout est de lui, en lui et par lui ; mais lesprit humain veut toujours pouvoir quelque chose, et posséder les moyens de son salut. Il me semble qu'il est du voyage de notre vie pour l'éternité, comme de ceux qu'on fait sur la mer où l'on dépend du vent, sans qu'on puisse avancer ou relarder par soi-même, ni s'empêcher d'aller où il conduit; on se met à la merci de la mer, qui submerge bien souvent les voyageurs, pour quelqu'autre passion

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