‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 140 sur 205 · LXIII.— A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LXIII.— A une religieuse de Port-Royal

Elle l'engage à retrancher le trop de réflexion sur elle-même. — Avis sur la confession.

Ma sœur, Je n'ai pas cru vous devoir rien accorder de tout ce que vous me demandez pour le corps; mais je prie Dieu de vous mettre dans la solitude intérieure qui suppléera à tout, et vous vaudra mieux que tout le reste. Je pense que vous ne devez faire aucune proposition pour la communion, mais suivre la règle qu'on vous a donnée, ou vous laisser juger sur les choses qui peuvent arriver. Vous avez trop de ce que saint Paul recommande d'avoir modérément, qui est de s'éprouver soi-même. Plus vous vous sonderez et ])lus vous trouverez d'indisposition en vous; et en y pensant moins vous mettrez votre esprit dans un vide que Dieu remplira, n'y ayant rien qui rempêclie tant d'être en nous que l'occupation de nousmêmes. Vous tenez merveilleusement à cela ; on sent en vous cette captivité, qui vous fait plus de tort que vos fautes mêmes que vous voudriez bien retrancher; mais vous ne voulez pas quitter prise aux réflexions que vous faites sur vous-mêmcj établissant sur cela le principe de votre avancement, quoique ce soit celui de votre arrêt. Si vous aviez quitté cet entrelien que vous avez avec vous-même , vous seriez dans la solitude, et Dieu aous parleroit au cœur, c'est-à-dire, il vous changeroil le cœur, car son parler est opérer. Il faudroit pour cela entrer dans une grande simplicité, ne regardant que les choses présentes, sans prévoir l'avenir ni se souvenir.

Au reste, pour vous relever de la peine que vous avez k vous confesser, parce que vous n'avez pas la lumière de connoître

Page 1