‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 149 sur 205 · LXIX. — A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LXIX. — A une religieuse de Port-Royal

Reconnaître les grâces de Dieu. — Faire pénitence de toutes ses faiiler>.

Vous m'avez lait grand [daisir, ma chère steur, de m oter de la peine oîj j'étois demeurée de votre étal, en me faisant savoir l.i bonne disposition où Dieu vous a mise. Vous n'aurez jamais, ma chère so'ur, aucun sujet (h; vous plaindre de Dieu, connue s'il ne s'étoil point donné à connoître à vous, on tpi'il ne vous eût pas fait <'X|iétimeuter ce (pie |)eul sa grâce pour suirnonler vos misères , puisi|u'il vous fait souvr-ut cette nùséricorde de vous retirer du précipice (|uand vous êtes prêle d'y tomber : il eu faut être fort recorinoissaule et ménag»T cette grâce conïnu' si ce devoit être la dernière, et ne vous |K>irit étonner quand vous vous retrouverez dans la tentation, puisipie celte vie n'en peut étr<! e\em[)le. Il faut toujoms avoir recoins a la prière et veiller sur soi pour retenir les niouve-

mens de la passion qui s'émeut aussitôt que la grâce s'est retirée de nous : ce qu'elle fait pour nous faire sentir notre misère et nous tenir dans Thumilité. Ne négligez point de faire pénitence de toutes vos fautes pour satisfaire à Dieu et pour prévenir les suites : car chaque faute porte un affoiblissement dans l'âme qui la dispose à une autre chute, si Ton ne va audevant par la pénitence; c'est aussi le remède contre les tentations, afin d'obtenir la grâce de n'y point succomber. Je vous recommanderai aux prières de N., quand je le verrai, et je demanderai à Dieu la grâce d'en faire pour vous qui lui soient agréables.

Je pense, ma chère sœur, que vous ferez bien de différer la sainte communion, non pas jusqu'à la Notre-Dame, car peutêtre vous pourra-t-on porter dimanche à l'église. Et cependant ce qui vous arrive à souffrir vous sera une communion spirituelle , qui vous disposera encore mieux à ce divin sacrement, dont on tire plus de profit quand on s'est nourri auparavant du pain de douleur et de mortification, à quoi l'on ne s'accoutume pas assez pendant la santé, où il ne seroit pas si pénible que quand il est joint à une maladie, sinon que la bénédiction que Dieu y donne le rend supportable..

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