LXXIV.— A une religieuse de Port-Royal
Dive^^; avis à l'j'gard des enfants. — Dans quelles inientions elle doit communier. — Il faut éviter de se laisser trop distraire.
Ma très-chère sœiu', Taurois bien désiré de vous pouvoir répondre plus tôt, mais il n'a pas plu à Dieu de m'en donner le loisir, et jai cru (ju'il u'éloit pas nécessaire que je le fisse puis- (jue sa sainte providence avoit remédié à vos peines. Cette expérience vous doit apprendre, ma chère sœur, à ne vous point alflijjer quand il vous arrivera de seuililahles épreuves, dans l'espérance que cela ne durera quautant quil plaira à Dieu, qui veut exercer votre humilité el voire patience, parce (jue ces d('U\ vertus vous sont si nécessaires pour vous bien ac(iuitlcr de votre obéissance, que Dieu permet ([ue les enl'aus ne vous rendent pas ce qu'ils vous doivent, afin (jue ces petites révoltes vous donnent sujet de soiillVir et de vous humilier, 11 n'y a point de meillciu- moyen de satisfaire à ses fautes, que de supporter celles des autres quand on ne les petit pas corriger utilement. Pour ce (|ui est de l'émolioti (jue vous Sentez en les repi eiiaut, pour\ u (pie vous ayez prié Dieu comme vous faites avant (|ue de les reprendre, et (jne vous n'excédiez point en exagérant leins fatttes, cette émiiliun n'est jias mauvaise et même elle peut servir poin* doniiei- plus de vigueur à la correction et plus de crainte à la personne à (|tii on la fait, particulièrement a desenfans, ipii ne font pas étal de ce (ju'oii leur «lit quand on leur |)arle si mollement.
Je vous sii|tplio de ne vous pas laisser aller au découragement ni a lacraiulede votis approcher de la sainte connnunion,
pourvu que vous trouviez en vous le désir de réparer vos fautes. II n'y a point de i)lus grande obligation à bien faire que de recevoir Jésus-Christ avec amour, car le moyen de ne se donner pas entièrement à ce divin Sauveur, qui nous a donné tout ce qu'il nous a pu donner en se donnant soi-même ! Notre- Seigneur demanda à la Samaritaine qu'elle lui donnât à boire; mais parce qu'il ne lui en avoit pas donné auparavant, elle lui en refusa. C'est pourquoi il nous traite plus favorablement pour nous préserver de ce malheur de lui refuser ce qu'il nous demande. Il nous gagne le cœur en nous prévenant du den de Lieu, comme il dit à cette femme; et parce qu'il a faim et soif de nos âmes qui sont la viande dont il se nourrit, il veut être aussi notre nourriture par la sacrée manducation de son corps et de son sang, afin de nous obliger de nous laisser manger par lui, en lui cédant notre propre substance, c'est-àdire, ce qui nous attache plus à nous-mêmes et en quoi consiste notre propre vie, pour donner lieu aux inspirations et aux mouvemens de sa grâce, à qui l'on résiste bien souvent pour suivre ses propres désirs. Si vous communiez à cette intention, vous honorez Dieu par vos communions, puisque c'est la fin de ce sacrement adorable par lequel Jésus- Christ fait un commerce merveilleux avec nous eu nous communiquant ses perfections divines, afin que nous renoncions a nos imperfections pour l'amour de lui, et que nous embrassions la mortification qui est nécessaire pour nous en corriger.
Votre plus grand défaut c'est de vous laisser trop distraire. Tâchez de vous reprendre souvent et de regarder Dieu en vousmême, car Notre-Seigneur dit que le royaume de Dieu esl dedans nous, et par conséquent Dieu y est; et il y est alteudaul que l'âme se sépare des choses extérieures, pour le venir adorer et se consoler avec sa divine majesté qui prend ses délices avec les enfans des hommes; et cependant nous sommes si misérables de chercher les nôtres hors de lui, et de lui donner sujel de crier après nous pour nous rappeler à lui, connue il est dit dans l'Écriture, où Dieu dit quatre fois de suite à une âme qu'elle retourne vers lui, ce qui nous fait remarquer quatre sortes de distractious ou d'égaremeus; la première pour les choses nécessaires dans lesquelles on s'épanche trop , la
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seconde pour les superflues où l'on tombe insensiblement, la troisième pour les inutiles oîi notre inclination nous porte, la qn.'itrièine les volontaires où lattaclie et la passion nous arrêtent. 11 tant tâcher, nia clierc sœur, de ne nous point éloigner de Dieu en ces deux dernières manières, afin de ne nous priver que le moins (|ue nous pourrons de la conversation avec Dieu qui est tout le bonUeur de la vie religieuse, puis<jue nous n'avons (piitté le monde et laU'ection de toutes les créatures que pour trouver Dieu dans le secret de notre cœur. Le temps où nous sonunes nous y oblige doublement, et, connue dit saint Paul, la chariU' de Jésits-Cftrisl nom presse de lui tenir compagnie dans le désert ou il appelle tous les chrétiens, et particulièrement ses épouses. Je suis en son amour entièrement avons.
LXXV,— A une religieuse de Port-Royal.
Les |irivations que Dieu envoie sont «les occasions de lui iénioi"iier qu'on le préfère à lout.
Ma tres-chère sœur, Je mu [)romettois de vous écrire bientôt après que nous eûmes reçu la vôtre, mais il n'a pas plu à Dieu, ayant pres(iue toujours gardé le lit. Nous n'avons pas manqué de noussouvmir devons le jour de Sainte-.Madeleine. iSi vous avez eu attention a recueillir le fruit des prières qu'où a laites pour vous en toutes les deux maisons, j'es|)ère que M)us serez renouvelée comme vous l'avez désiré; mais on voiidroil (piehpiehtis que les prières «raulrui lissent lout, au lieu (|U elles ne sont (|u un secours pour nous taire taire ; elles ne nous exemptent pas du travail, mais elles nous obtiennent \n coura^'c de r«Mifrepre»»(lr<;.
J'ai bien regrf^l (jne nous ayez si peu protile du départ de notre mère; ce sont des occasions (pii doivent être précieuses a des âmes (jui veulent témoigner à Dieu qu'elles le prêtèrent a tout, et (pie c«; n'est [las ses dons, mais lui seul (ju'elles aiment. Saint Paul dit (|u'</.s(' [nul ijlonficri'n cspéraiire, maii cniDrr plus en l'affliriiim ; aii la gloire (jui Nient de l'espérance ((ue nous avons en Dieu, quoi(|u'elle soilsainle, peut être
intéressée; mais de se glorifier dans Taffliction, il n'y a que la véritable charité qui le puisse faire. Il n'y avoit rien qui vous put mieux disposer à la sainte communion que cette perte. C'est en ces rencontres que Dieu remplit les vides; mais il faul que ce soient des vides volontaires, autrement on pourroit être dénué de toutes choses que Dieu ne trouveroit pas pour cela de [»lace pour entrer en nous, parce que, ayant regret à ce qu'il nous a ôté, ce regret tient la place de la jouissance qu'on avoit auparavant et rend doublement pauvre en ce que Ton n'a plus ce que l'on aimoit, et que l'on est incapable de recevoir ce qu'on n'a pas.
Je crois, ma chère sœur, que vous n'en êtes pas là, et que vous voulez bien les privations que Dieu vous envoie ; mais celte volonté n'étant pas pleine, elle ne produit son effet qu'à demi, et il vous arrive ce que Notre-Seigneur dit dans l'Evangile, qu'on l'OMS mesure de la même mesure que vous mesurez. Que si vos oblations étoient plus libres et plus franches, les dons de Dieu seroient aussi plus précieux et capables d'enrichir votre pauvreté, lors même qu'il vous dépouille de ce que vous estimez être votre trésor. Je vous exhorte donc de devenir plus spirituelle, et de vous souvenir que c'est dans la sainte Eucharistie que l'on trouve l'esprit et la vie; au lieu que tout le secours qu'on cherche dans les créatures lorsque Dieu ne les donne pas est appelé dans la sainte Écriture un bras de chair, sur lequel ceux qui y mettent leur confiance encourent la malédiction de Dieu.
Je suis, ma chère sœur, entièrement à vous.