‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 156 sur 205 · LXXVI.— A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LXXVI.— A une religieuse de Port-Royal

Importance du renoncement à soi-même : obligation de s acquitter avec soumission de l'emploi où elle était auprès des enfants.

Ma très-chère sœur. Ce que vous devez le plus considérer pour réparer le déchet que vous croyez avoir fait depuis que vous vous êtes consacrée au service de Dieu, c'est le renoncement que vous avez fait à vous-même, à votre propre jugement, et à votre propre volonté. 11 n'y a rien de plus essentiel

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à la vifi religieuse, el néanmoins on fait moins de scrupule de discerner el de vouloir ou de ne vouloir pas quehiue chose, que Ton n'en feroil de la moindre pensée qui blessercit la pureté, quoique devant Dieu le jiremier soit moins pardonnable que l'autre.

Vous me donnez sujet de vous dire ceci, ma cliére sœur, sur ce que vous me mandez que vous ne vous sauriez prestjue plus soutlrir en l'obéissance où vous êtes ; vous deviez donc dire en l'occupation où vous êtes, et non pas en l'obéissance, car si vous la re}iardez el ra[)pelez de ce nom et qu'elle vous soil insup|tortable, vous renoncez à votre profession où vous avez lait vœu d'oljcir jusqu'à la mort, ce qui est la même chose que de porter sa croix tous les jours comme Notre-Seigneur le commande dans l'Evaufrile. Et n'alléguez point pour excuse «jue vous ne vous acquittez pas bien de cette charge , et que vous faites beaucoup de fautes; car c'est pour cela même (|u'on trouvera peut-être à propos de vous y laisser encore, [tour vous faire mieux connoître votre incapacité. Car pour les enfans, si vous aviez une vraie charité pour les servir, et que >ous acceptassiez comme il faut Ihumiliation de n'y pas réussir, vous sauveriez votie ànie, comme dit IKcriture Sainte, et Dieu ne vous imputeruit point leurs fautes. Mais l'opposition que vous avez dèlre avec elles, et qui procède d'une si mauvaise envie, est peut-être punie de Dieu par leur révolte, étant juste (pie Dieu permette (jue ceux qui doivent être sujets s'élèvent contre nous, lors(jue nous ne nous soutnellons pas à lui. Je crois bien (}ue vous ne voudriez pas absolument qu'on vous suivit en cela, el (pie vous auriez scrupule de ne vous pas rendre ; mais d'ailleurs votre impalience estsi forte (ju'elle ne vous permet pas de trouver la paix dans l'ordre de Dieu sur vous.

J'espère que la retraite que vous faites aujourd'hui vous aura donné lumière sur ce sujet, el que vous aurez gémi dcNaiit Dieu de rempressemenl avec leipiel vousavez demandé d (Ml soilir, av(.'c dessein d y rctouinc-'r coiiiiih' si vous y di-vii-z être toute votre vie. Car Dieu veut des œuvres éternelles dans la disposilioii du co'iir, et (pie nous lemettions a sa divine providence (le nous délaisser (piaiid il lui [daira des choses

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qui surpassent notre foiblesse ; et c'est ce que nous lui demandons tant de fois le jour quand nous le prions qu'il ne nous induise point en tentation. Quand vous serez dans cetétat vous n'aurez plus de trouble dans vos communions, parce que vous aurez donné la paix à votre âme auparavant, comme on la reçoit à la messe avant que de communier; et cette paix ne peut être sans la bonne volonté , c'est-à-dire sans vouloir absolument que la volonté de Dieu, qui est seule bonne, règne sur la nôtre ; et lors elle la mettra dans une souveraine paix en la délivrant de la domination de ses passions qui mettent division entre Dieu et elle.

C'est le souhait que je fais pour vous, ma chère sœur, et que je vous prie de faire aussi pour moi devant Dieu, et de croire que je suis tout à vous pour vous servir autant qu'il lui plaira de m'en faire la grâce.

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