‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 162 sur 205 · LXXIX. — A INE RELU.IEISE DE PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

LXXIX. — A INE RELU.IEISE DE PORT-ROYAL

écoulant voire raison, et que tout ce que \'Ous faites de bon est dans la suspension où la grâce la tient.

i- — Vous savez combien M. est éloigné d'aj^ir par invention. Je ne sais comment la connoissance que vous en a\i'z et l'expérience vous permet de passer outre dans cette supposition qui ne peut produire que des raisons fausses, et donne une liberté à l'esprit humain tics.-propre à épuiser toute la grâce qui se trouve dans la conduite de ceux qui agissent par l'Esprit de Dieu.

L.— Saint Augustin, qui y étoit encore plus sujelque vous, ne s'est point appris à lui-même d'autre remède à ces pensées, sinon (jue d'y taire le sourd.

M. — Ces peines pourroient être en effet un sujet d'humiliation et de pénitence, mais non pas tandis qu'elles seront les bien-venues dans votre esprit, et (jue vous aurez de la complaisance aux belles subtilités qu'elles vous proposent; hors cela c'est un cumbat (pi'il faut soutenir, selon cette |)arole : IS'ous n'avons pax la lutte contre la rhairel le sang, mais contre les malices spirituelles, etc.

X. — Vous ne laissâtes jias de recevoir l'elfet de 1 Eucharistie quoiqu'il ne vous fût |»as sensible : il opère toujours sur les âmes qui l'approchent avec foi et amour. Ne savez-vous pas bien (|u'il est dit de Jésus-Christ qu'il giiérissoit toutes sortes de maladies et de langueurs, et de [)ossessions des démons ?

0.— Otez cela de votre esprit qu'on vous croie mal quand vous êtes «eidemcnt tentée de l'être : au contraire, a peine le croit-on (juand vous en faites les œuvres, 1 attribuant plutôt à la mauvaise habitude, et espérant (|ue vous retournerez bientôt.

P.— Je vous assure, ma sœur, que je ne fais point des jugcmens si peu charitables (|Ui' vous |)enpez, et «pie je suis fort susceptible de cmire du bien de vous : tant parce que je sais (|ue Dieu vous donne souvent de bons mouveujens, <|ne pour la confianc*' que j'ai ipie la c(»uduite (pu* vous aurez maintenant aura enlin son elVet, altribu.iut a l'amour de Dieu poiuvotre ân»e l'application particulière <|u il donne pour vous à une personne <|ui reçoit tous ses mouvemcns de l'Esprit de Dieu.

Q. — Il n'y a point d'àme si foible, lorsqu'elle craint Dieu, (jui ne reçoive quelquefois des ellets de la '^ràce qui la surpassent en tout; c'est pourquoi on loue Dieu quand on remarque cela, bien loin de s'en moquer par une fausse humilité qui ne veut pas attribuer à l'Esprit de Dieu ces bons mouvemens qu'elle sent en elle.

R. — Il ne faut pas exposer aux personnes qui conduisent les choses (|ui n'ont pas un être véritable dans l'esprit, mais les laisser évanouir comme des néants.

S. — Je pense que ces choses-là étoient de cette nature ; car le moyen de donner lieu à une si grande témérité contre Dieu !

T. — Je ne tire point ces conséquences; cela seroit contre la raison et la charité.

U. — Pourquoi usez-vous de ce terme, s'il se peul faire que je guérisse jamais?\o[re santé dépend de l'espérance. L'apôtre dit que 7ious sommes sauvés par espérance. Attendons son temps et les remèdes qu'il veut nous donner, qu'il nous a préparés comme il lui a plu, selon la profondeur de ses jugemens , sous lesquels les nôtres doivent périr.

X.— Notre-Seigneur veut que nous nous repu lions 5e;T?7eMrs inutiles, mais tout en un autre sens que vous ne l'entendez, que je pense être, que nous sommes inutilesdans notre propre puissance, mais utiles à lui et à nous quand nous agissons par sa grâce; car il dit que celui qui demeure en lui porte beaucoup de fruit.

Z. — Nous vous avons déjà dit que vous vous trompez d'estimer que tout ce qui se présente à votre esprit sont des motifs; rien ne doit être appelé de ce nom que ce qui est volontaire et qui a tant d'ascendant sur l'esprit qu'il l'emporte et le meut à faire une chose qu'il ne feroit pas autrement. Or je vous laisse à penser si la crainte qu'on vous croie imparfaite a pouvoir sur votre esprit qui fait gloire (quand il est dans son débandement] de faire tout en dépit dumonde. Et quand en effet vous auriez cette vue de vous abstenir des fautes de peur d etr<! obhgée de vous en accuser, elle seroit bonne en vous pour la raison que je viens de dire, celte crainte étant bien meilleure que l'effronterie (si je l'ose ainsi appeler) avec

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