‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 161 sur 205 · LXXIX. — A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

LXXIX. — A une religieuse de Port-Royal

Elle lui répond, par articles, sur divers sujets.

A. — Ma sœur. Je ne demande que ce qui vous est connu de votre intérieur, et non ce qui est impénétrable et dans lequel, quand il né le seroit pas, vous ne devriez pas vouloir pénétrer. 11 y a l'extérieur de l'intérieur qui se discerne, parce qu'il ne s'y passe rien que de volontaire, c'est-à-dire dans quoi l'on ne puisse agir comme l'on fait avec les membres du corps. Je veux dire que comme l'on aperçoit bien quand on remue le pied ou la main, de même on remarque les mouvemens des passions et des puissances de l'àme.

B. — Ce n'est pas votre mal que l'ignorance, c'est plutôt de trop examiner et sonder, ce que vous ne pouvez guérir sans la grâce de Dieu; c'est pourquoi vous vous devriez contenter de dire : Sana me. Domine, et sanabor, etc.

C. — Si ces pensées qui causent votre peine ne peuvent s'effacer de votre esprit , au moins effacez-les de votre papier, pour témoignage que vous en désirez l'effacement aussi bien en vous-même que hors de vous.

D. — 11 n'est point du tout besoin de les déclarer, il suffit de dire leur espèce, et l'adhérence que vous y avez pu avoir.

E.— Je ne voudrois pas m'y amuser, mais je leur dirois seulement : Discedite à me, maligni, et scriUabor mandata Dei mei.

F. — Il se faut soumettre à faire de la peine. Hélas ! qui estce qui n'en fait point et à Dieu et à son prochain ?

G. — Vous me fâchez tout à fait de penser qu'on se souvienne contre vous-même de ce que vous avez dit par fidélité. C'est tout au contraire; car devant que vous me l'eussiez dit, j'eusse été capable de le soupçonner, au lieu que ce que vous en avez découvert me fait croire que cela ne peut plus être, ayant guéri cette plaie par votre confession ; et pour l'ordinaire ces choses-là ne reviennent plus, parce qu'on a arraché la racine.

H. — 11 est certain que vous ne vous rendrez jamais en

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