LXXXI. — A INE RELIGIEISE DE PORT-ROYAL
autres, si on veut pratiquer le cinquième degré d'humilité, et même découvrir les plaies de l'âme, comme il est dit en un autre chapitre.
1 i . — On ne vous croit pas confirmée au mal, ni on ne prétend pas que vous le serez au bien ; mais on croit de vous comme des autres que la grâce de Dieu va et vient en votre âme.
12.— Je ne sais pouniuoi vous avez tant d'application à vos difformités extérieures, qui ne sont point en effet; je voudrois que voire àuie fût aussi peu défectueuse devant Dieu quo votre €or[)S devant les créatures.
13. — Ce sera assez de vous accuser des fautes prescrites, pourvu que vous vous rendiez véritable ce verset : Et dixi : Nunr cœpi, etc.
Adieu ma sœin-. Complics sonnent. Ce jour Saint-Darlhélonii. Je trouve plus admirable (ju'il ail jtrié cent fois le jour et une fois la nuit, que d'avoir été écorché.
LXXXI —A une religieuse de Port-Royal.
Ma sœur, Je réponds à votre dernière lettre devant cpie de l'avoir fait a votre /première) parce ipie vous êtes en peine.
t. — 11 se faut [)réserver autant (jue l'on peut '^c'est-à-dire en invo(|uant Dieu) du trouble et de l'inquiétude comme du péché même, car il suit ces choses-ci, comme la paix |)récèdc et suit la grâce.
2.— Je n'ai point i m (pie vous voulussiez vous soustraire de l'obéissance. J'ai bien H'iiti (|u'il n'y avoit |»as d»î résistance pour résister, mais seulement un refus par défaut de vertu, qui n'est pas un sujet de mécoîitentemenl mais de support. Ce n'est pas se soustraiie de ne pouvoir suivre, ni «Mer la liberté, parce que je n'en dois prendic (ju'autant (pie Dieu vous en donne |)0ur embrasser ce (pion désire.
.'{. — Il y a (l(! la vérité dans celle (pie vous uj'avez témoignu(.' par la grâce «pjc Dieu vous a faite d'y entrer.
i. — Il ne s'ensuit pas (piuiie dis|Kisitiiui ne soit pas Iwimie jKirce (|u'elle ne s'étend jias à tout, mais bien qu'elle est encore
imparfaite et limitée. J'avois bien cru que vous auriez assez de soumission pour accepter un peu d'ouvrage et non beaucoup; c'est pourquoi je n'osois vous en rendre, de peur d'épuiser votre bonne volonté.
5. — Je n'avois garde de vous les donner, et ce fut par hasard que votre nom se trouva auprès.
6. — 11 faut vous abstenir de ces devinemens-là. 11 n'y a rien qui entretienne plus la curiosité de votre esprit et sa vanité à vouloir pénétrer toutes choses.
7,— Je ne me puis rien promettre de vous en particulier et n'en veux rien exiger, que ce que la grâce même vous demandera et vous donnera le pouvoir de faire.
8. — Vous avez tort, quand vous vous trouvez dans quelque néghgence, de croire par découragement que vous ne sauriez jamais changer, et que les autres ont le même sentiment de vous : c'est tout au contraire, je ne vous crois jamais si mal que je n'espère du bien, et je ne vous crois jamais si bien que je n'attende quelque mal, c'est-à-dire quelque défaut.
9. — Il faut vous affermir dans la confiance au pouvoir de la grâce de Jésus-Christ, et la demander à Dieu par ces paroles : Emiltemanum tuam de alto, eripe me, et libéra me de aquis muUis, etc. Et encore celles-ci qui font comprendre la grandeur de cette grâce du Fils de Dieu venant réparer la corruption d'Adam : Qui non ex sanguinibus, etc., sed ex Deo nali sunt.
10. — Vous ne vous sauriez défaire de ces sentimens, ce ne sont que de mauvaises herbes qu'il faut sarcler : Exercitabar et scopebam spiritum meum. Toutes les pensées qui se présentent à l'esprit ne sont pas des motifs,
1 1 . — Vous avez dit un mot qui sent la raillerie; je vous supplie d'anéantir cet esprit-là en vous.
12. — C'étoit à nous à considérer cela, et non à vous qui ne devez point vous atlacher à voir la fin de votre œuvre.
13. — Il faut avoir meilleure espérance de soi-même, ou plutôt de l'assistance de Dieu.