Cette raison est frivole
15. — Je n'ai point la pensée que vous m'attribuez; mettezvous l'esprit en repos de cela,
li). — et de la crainte de m'importuner; c'est à quoi Dieu me
LXXXM.— A INE RÉLlr.lELSE DE PORt-ROYAL. Ali
destine présenleinent qu'à ôlre Marthe, occupée en beaucoup de choses; demandez-lui pour moi quecesoitsansempressement'.
LXXXn.— A une religieuse de Port-Royal.
1. — Je ne vous accuse pas de flatterie pour avoir cru que vous croyez avoir senti que j'ai |)né Dieu pour vous, cl je crois bien sans vanité que Dieu aura agréal)les les prières que je lui fis pour vous, car il me les counnaïuie.
2. — Je crois (|ue votre voloulé dans le tond conserve l'espérance en Dieu au milieu des plus fortes tentations dont elle est cond)atlue, mais ce peut bien être sans cjue l'àme s'en aperçoive, celte disposition ne lui ôtaut pas les |)ensées de détiauce auxquelles elle ne doit pas s'arrêter, se souvenant qu'il est dit : Ayez (lu Sei(fneur des sefilimeus difincs de m bonté.
\\. — Pour' nidi je pense (|u'il ne taudroit plus vous permettre de vous accuser, n)ais vous interroger, ce qui seroil facile à une personne qui vous coimoît, et «ju'après avoir répondu vous (lenieurassiez en silence, laissant poiter le jugement (|ue Ton voudroit de vous. Je dis cela en Tair, mais pour vous faire voir jus(pi'où doit aller votre soumission et la suppression de vos peines; et je crois que vous ne sauverez votre âme (ju'en la perdant de la sorte.
-4. — Vous voyez vous-même dans ipicl labyrinthe vous vous engagez, et que si la raison ne vous restoit, vous vous rendriez extravagante en rétractant, connue vous dites, ce (jue vous avez rétracte. Il laudiuil dune nous résoudre <le ne vous rétracter plus, puis(|ue vous ne le faites pas par lumière de Dieu, mais par r» llexions et subtilités de raisouuemerd ; et vous m'avez dit (|ue .M. S... vous disoil quand vous le faites, (ju'il avoil autant compris la première fois que la seconde. L'iidégrité de la coidessi(»n est nécessaiie contre la n'serve et reteiuie; mais a d aucunes âmes elle est préjudiciable.
' C'i'ioil (1rs loltros rie Prilplinbcl qui faisoicnl les nrticit's, an liru tics chiffres de ceUe ItUrc. {NoU- de >l/"' ilc Thannnimrl.j
s'étendant non-soulement à produire ce que l'on sait et souvent distinctement, mais encore à donner être à ce qui n'est point, et tirer au jour ce qui doit demeurer enseveli dans le néant. Aussi avouez-vous que l'attention à déclarer vos chimères vous fait omettre celle que vous devez à vos fautes extérieures, en la correction desquelles consiste la fidélité que Dieu met en votre puissance, vous promettant la sienne pour vous rendre à la vertu.
5. — Notre-Seigneur commande de se mettre le dernier au banquet de la noce, qui est l'Église des élus, et par conséquent il défend de se tenir pour réprouvé.
Je vous laisse libre d'écrire, ou de demander à nous parler; je satisferai à tous les deux autant qu'il me sera possible.
6. — Quand on chantera, tenez-vous dans Tavant-chœur. La séparation de la communauté et du chœur est une pénitence, mais il la faut sentir et ne s'y accoutumer pas. Vous n'êtes pas pour demeurer toujours séparée, et vous voyez vousmême si cela suffit. Désirez donc que Dieu vous délivre de vos péchés, et vous rappelez ces paroles: Libéra me, Domine, et pone me jiixlà te, et cujusvis manus pugnet contra me (Job, xvn, 3).
LXXXIIL— A une religieuse de Port-Royal.
Ma sœur, Je réponds à votre dernier billet plutôt qu'aux autres, parce que vous avez été en peine de sa conservation, et avec sujet, car il seroit fâcheux qu'il en arrivât faute, et pour en ôter l'appréhension, j'ai celte coutume de rendre les billets à celles qui me les ont donnés, afin qu'elles-mêmes les anéantissent.
Je vous répondrai par des marques.
A. — N'appelez point hardiesse ce que vous dites sur notre dernier entretien. C'est une bonne hardiesse qui vient de liberté et d'un discernement simple et atléctionné, et non s'indiquant ni pour être difficile ou curieuse.
B. — Le discours où j'entrai peut-être trop avant ira été ni beau ni bon, mais obscur et embrouillé. Je ne reçois pas néanmoins
LXXXm. — A INE RELllilECSE DE PORT-ROYAL. 479
celle maxime qu'il ne faille poiut parler d'intérieur, ni toujours lepronilre. Il faut faire tous les deux selon que Dieu le donne; et <iuand il ne donne rien, ou qu'il ne ilonne pas léclaircissementde ce qu'on conçoit, en sorte qu'il soit propre à communiquer aux autres, il se faut taire, qui est ce que je ferai s'il plail à Dieu a l'avenir, y ayant longlemps que je m'y sens obligée, en ces occasions, (juand Dieu n'ouvre point mes lèvres; et ce (jui m'a retenue, c'est (jue je ne savois couunent dire que je ne dirois rien, ou pour mieux dire j'en avois honte; mais cela est un obstacle à la grâce du Sainl-P^sprit, qui a ordonné un temps de se taire et un temps de parler.
C. — Il faudroit que Dieu m'eût donné auparavant la grâce du silence avant que d'en pouvoir parler ; car s'il y a chose au monde qui se persuade par Texemple, c'est celle-là, et les paroles y répugnent en (juelcjue façon, je dis celles-là mêmes par lesquelles on y exhorte ; et si elles ne sont produites par le mémo silence, c'est-à-dire par une abondance d'affection à le garder soi-même, il arrive ce qui est écrit : si l'un édifie et l'aulre démolit, il n'y a nulle utilité dans le travail de lous les deux. Il n'y a rien fjue la nature ap[)réliende davantage que cette prati(iue, car le divertissement extérieur (jui consiste principalcnicnlen la parole est la seconde table (plancliL') après le naufrage qu'elle a fait [)ar tous les autres retrancbemens; mais aussi celle malheureuse ressource est cause quelle se conserve pour la vie du péché (car parler et pécher est une même chose aux imparfaites), etqu'illt! ne se perd point heureusement pour la vie éternelle. C'est vouloir un miracle de s'alterulre ([ue dans ce point et dans toutes les autres pratn|ues de vertu on puisse s'y exercer sans pi'ine et avec suavité dans le commencement, si le Saint-Esprit n y travaille; en voulant attendre cela on ne feroil rien, car saint Itenoil nous apprend qu'on ne |)eut é>iler une étroite et fâcheuse entrée.
D. — Il faut bien prier Uieu avant tjue de proposer cette doctrine du silence, atiu (ju'on ne la trouve pas trop dure. Lecliapilre arrivera bientôt ; ayez soin de nous rcconunander a Dieu, cl surtout de le pratiquer a cette int«'iilion.
E. — Il laut soullrir bien doucement et civilement les incivilités des autres, qui est ce que l'on ne lait pas. Le» iucivililéti
i80 LÈtTREâ DE LA MERE AGNÈS.
intérieures sont bien pires que les autres, et tout ce qiii blesse la charité est la véritable incivilité ; le reste est peu de chose devant Dieu.
F. — Ce sont imbécillités aux unes, et conditions d'e<prit aux autres, le tout souvent irrémédiable et sujet de pntience. Il est vrai que j'en voudroisbien retrancher, mais je plains la peine de les instruire avec peu de fruit.
G. — Je ne fis pas sans doute tout ce que je devois faire, ni peut-être en la manière que je le devois faire en reprenant cette personne, puisque cela n'a pas eu son effet; mais quant à ce qu'elle en a été choquée, je m'y altendois bien, et même je peux dire que je le voulois bien parce qu'il y avoit nécessité de la réveiller. Opportune, importuné, est un avis de l'Apôtre dont il se faut servir dans les corrections quand il est nécessaire.