‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 17 sur 205 · CCCXCIV. — Â Madame la marquise de Sablé · texte numérisé non relu

CCCXCIV. — Â Madame la marquise de Sablé

Elle lui d'il qu'elle l'a comprise dans le vci'u (ju'elles viennent île renouveler ù saint Joseph. — Elle loue sa ohariti! envers .M"« de Bay;(iols, et lui rappelle la promesse ([ue Dieu fait à celui qui relire quelqu'un de l'éi^aremeni.

Gloire à Jésus auTrès-Saint-Sacreinenl !

Ce vendredi an soir, 24 mars (4662).

Je ir.ii pu vous oublier, ma Iris-chère sœur, dans le vœu que nous venons de renouveler à saint Joseph, vous ayant comprise avec nous, pour vous mettre sous la protection de ce saint, afin (|u'il vous rende tous les offices que vous espérez de sa charilé, (pii ne jieuvent mauiiuer envers ceux qui lui ont dévotion, puisque le pouvoir des saints n'est arrêté à notre égard que parle peu de confiance que nous avons enverseux, et (jiiand nos intentions ne sont pas conlormes à l'unique dessein qu'ils ont (|ue Dieu soit glorifie. Vous tenilez a cela, ma très-chère sœur, et nous eu avons des preuves par l'action si bonne, si charitable et si géuérefise (jue vous venez de faire à l'égard de nolie pauvre eutanl ', en lui donnant la main dans un pas si glissant que celui où elle est. Quelle pilié si elle n'y corres[)ond pas, et (jue le [)arti de Dieu se trouve le plus foible en elle ! Je tremble des jugemens de Dieu, (jui ne donne i)as toujours des grâces efficaces a ceux qui n'ont pas bien usé des premières (ju'il leur avoit faites, et (pii ne se peuvent plus exenqiter de la tyraimie du monde, parce qu'ils ont conmiencé de s'assujetlir volontairement à ses lois. Mais il laut espi-rer mieux de celle (jue nous pleurons, [)iiis(|ue sa condanmalion est dillérée, et (jue dans ce saint temps Dieu fait des profusions de grâces par les prières de toute IKglise, qui s'ébtndcut sur les âmes qui reposent encore dans son sein, bien (|u'elles ne fussent pas en état de les obtenir par elles-mêmes. Uuel

' M"« Gabrielle du Gué de Baynols, (jui élail sortie de Porl-Royal le 5 in.ii \Wt\, el(jut; l'on sollicitait de s'engager dans un mariage. Clelle demoiselle aima toujours sinniiiiereinfiii l'nrl-iloyai ; elle y choisit sa .st'-pulture auprès de ses perc et iiiere. Elle est iiiorlc le 1'^ novembre 1G86, igée de 41 aus.

gré ne vous sait point un père ' qui a eu tant de zèle du salut de sa fille, de voir que vous prenez sa place pour la préserver du précipice où elle est prête de tomber ! Il remercie Dieu sans doute de vous avoir donné une si sainte i)ensée; et je le fais avec lui en joignant mes prières aux siennes , afin que Dieu donne bénédiction à votre dessein qui porte toutes les marques de l'amour que vous avez pour Dieu et d'une fidélité chrétienne et inviolable pour vos amis. Lisez, s'il vous plaît, ma très-chère sœur, le dernier chapitre de l'épître de saint Jacques; vous y trouverez une promesse de Dieu admirable, qui est que celui qui relire quelqu'un de l'éf/arement sauvera sa propre âme et couvrira un grand nombre de péchés. Ce qui faisoit dire à feu M. de Saint-Cyran, qu'une seule action extraordinaire et héroïque vaut mieux que cinquante mille autres.

CCCXCV. —A la sœur Marie-Charlotte de Sainte-Claire Arnauld d'Andilly, à Port-Royal-des-Champs.

Au sujet de son prochain retour à Port-Royal de Paris.

Enfin, ma très-chère sœur, Dieu a ses temps pour lotîtes choses; il fait des séparatlonset des réunions quand il lui plaît; vous avez passé par la première, et il vous prépare la seconde, voulant bien nous réunir en l'honneur de la réunion de son âme avec son corps, qui s'est faite si glorieusement dans le mystère que nous célébrons, parce que la divinité n'avoit point été séparée ni de l'un ni de l'autre. Ainsi, ma chère sœur, la volonté de Dieu ayant été le principe de votre éloignement comme elle le sera de votre retour, il y a tout sujet d'espérer une nouvelle vie plus parfaite que la première; comme la vie du Fils de Dieu depuis sa résurrection a été non pas plus sainte, mais plus digne de lui, après qu'il a en achevé sa vie mortelle etqui portoit la figure du péché, qu'il avoit prise pour l'amour de nous et pour nous délivrer du péché même.

' M. du Gué de Bagnols, mort le 1S mai 1657.

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