CCCXCII.— A M. de Sévigné
Sur di\ers sujets. Et sur l'impuissance où Dieu la réduisait par ses maladies.
U viars (I66S).
C'a donc été mon bon ange qui a mis le billet que vous avez trouvés! bon, en la place du mien où il n'y avoil que fort peu de choses, et de très-petites choses. Je voulois seulement vous dire que je prierois notre Seigneur Jésus-Christ qu'il vous attirât dans le désert avec lui, et qu'il se mît an milieu de vous et de moi pour nous attacher à sa divine présence.
Pour ce qui est de la sohiude, j'y ai toujours été, n'étant sortie que deux fois pour aller à la messe, quia été le jour de saint Grégoire et hier lundi, en ayant été privée les deux dimanches; et comme j'osois encore y prétendre aujourd'hui, je m'en suis trouvée exclue par une toux d'importance (jui me commença il y a deux jours, et m'empêcha de demander la bénédiction à M. le curé et d'entendre la prédication qu'il lui a plu de faire à notre communauté, qui a été très-bonne et très-utile, à ce que m'en ont appiis deux de nos sœ tus cpii en viennent de sortir. S'il m'étoit permis de regretter l'ituituissance oîi Dieu me réduit, je serois fâchée qu'elle s'étendît à des occasions auxijiielles je voudrois le moins maïupier. Mais elles servent à me faire agréer mon inutilité, et a demeurer chargée de la reconnoissance que je dois à ceux qui nous obligent. C'est ce qui me fait vous supplier très-humblement, mon très-cher frère, de le faire poiu* moi, envers ce nouveau Timothée que la lumière de la grâce vous a fait discerner, au lieu que le malheur du lemjis fail(|u'il y en a fort peu de ce nombre, et qu'ils sont peu connus.
LETTRES DE LA MKRE ACNES.
CCCXCIII.— A la mère Marie-Dorothée de rincarnation Le Conte, prieure de Port-Royal de Paris, à P.-R.-des-Champs.
Elle espère qu'elle pourra bientôt revenir à Paris, el l'engage à le faire sans effort ni empressement.
19 mars 1662.
Je suis présente en esprit, ma très-chère mère, à ce bienheureux transport (|iii vous fera passer de votre chambre à l'église. Je m'approche de vous pour voir si je vous pourrai soulager; mais il sera aussi peu vrai que je le ferai, comme il sera certain que vous y aurez beaucoup de peine, encore que vous la preniez bien en gré, car je suis assurée que c'est de tout votre cœur que vous allez au-devant de l'Époux, et que vous y volez par resprit(|ui est prompt; mais la chair en gémit j)arce qu'elle est infirme. Comment que ce soit, et encore que vous n'allassiez i)as, Notre-Seigneur viendra infailliblement à vous pour vous dire : Me voici [)rèt d'entrer en votre âme, parce que vous m'avez désiré, et que vous seriez venu à moi si votre coi[)S avoit pu suivre votre esprit. Ainsi vous recevrez ce pain divin pour récompense de ce qu'il y a si longtemps que vous le suivez dans le désert sec et stérile de toute consolation. En attendant que nous fassions la fêle de voire translation •, nous célébrerons les autres fêtes % qui sont en si grand nombre cette semaine que je l'appelle la semaine sainte, en donnant à Dieu le retardement qu'il lui plaira qui y arrive, sans avoir la moindre pensée de vous accuser de peu de courage, mais plutôt de suivre Dieu , qui ne veut pas (ju'on fasse les choses avec effort, ni avec empressement, mais dans la dépendance de sa conduite qui a marqué l'heure et le moment de toutes choses; c'estcequi m'arrête présentement, matrès-chère mère, n'ayant plus de temps que pour vous embrasser des deux bras de la charité et de la patience.
* C'esl-à-dire, son retour à Paris. Elle y revint peu après. ' Saint Joseph, saint fienoit et l'Annoncialion.
CCCXCIV, — A IIADAME DE SABLÉ. 4o