CXI. — A une pensionnaire de Port-Royal
L'obéissance nous donne plus de véritable consolation que nous n'en saurions avoir hors de son ordre. De la tristesse qui est selon Dieu.
Je suis bien aise que vous m'ayez dit le sujet de vos larmes et de la prière que vous désirez que je fasse à Dieu pour vous, qui me fait voir que vous connoissez bien ce qui vous est nécessaire; car c'est en efTet de quoi vous avez besoin que de prendre en bonne part ce qu'on vous dit, étant certain qu'on vous parle avec affection et que ce que l'on vous dit vous est fort utile, qui sont deux conditions qui doivent faire agréer les propositions qu'on nous fait. Pour ce qui est de l'alfection, je crois que vous ne doutez pas que ma sœur Anne n'en n'ait beaucoup pour vous, aimant chèrement toutes celles qui sont sous sa charge, et vous particulièrement qui lui êtes si proche, ce qui fait qu'elle ne vous peut rien ordonner que ce qui vous est avantageux, encore qu'il ne vous le semble pas, parce que vous avez un peu de répugnance à vous assujettir. Mais c'est pour cela même, ma chère fille, que l'assujettissement vous est nécessaire, ayant l'esprit porté à la liberté qui est une source de maux. Car ne savez-vous pas bien que noire inclination qui est mauvaise doit être réprimée par l'autorité de quelqu'un à qui nous devons obéir pour l'amour de Dieu , qui nous donne par cette obéissance plus de véritable consolation que nous n'en saurions jamais avoir hors de son ordre. Mais pour être digne de la recevoir, il nous faut priver de celle que notre nature corrompue cherche pour elle-même, qui ne se termine qu'à des tristesses et des ennuis, comme vous l'éprouvez vousmême, étant de plus eu plus mélancolique, parce que vous tâchez de vous divertir contre la volonté de Dieu, en qui seul se trouve la vraie joie que l'esprit humain ne peut trouver.
Souvenez-vous, ma chère fille, qu'il faut vivre de la foi. Or la foi nous apprend que la tristesse qui est selon Dieu engendre le
exil. — RK(,LEMENT DR LEMPI.OI DE LA JOIRNÉE. :i|7
salul; el celle Irislesse qni csl selon Dieu, c'esl celle qu'il nous impose [lar les lois de noire devoir, que nous ne saurions accomplir qu'en nous conlrarianl nous-mêmes; mais i»uis(ju'il nous en doit arriver lant de Ijoiilieur que notre salut élernol, il ne la faut pas rejeter pour une vaine et fausse joie qui opère la mort. Prenez donc courage, ma chère sœur, et n'écoutez plus vos foiblesses et vos décourat,'('mens. Je Unis avec cette parole de peur de n'avoir pas le loisir dacliever celle-ci.