CIX.— A une novice de Port-Royal
Sur le besoin qu'elle a de la misér'p'orde de Dieu pour se donner à lui. Les trois vœux de religion ont pour but de redresser les puissances de uolre âme par lesquelles nous devons nous unir à Dieu.
Ma sœur, Vous désirez de vous donner à Dieu. Cette action semble devoir être faite par une personne riche, car il faut avoir quelque chose pour pouvoir donner, et cependant vous devez être très-pauvre pour vous donner à Dieu d'une manière qui lui soit agréable; c'est pourquoi l'Église vous fait demander la miséricorde de Dieu à l'entrée de cette arction. Vous n'avez pas demandé la grâce de Dieu, mais sa miséricorde, pour vous faire concevoir l'état misérable où nous sommes réduils par le péché. Dans l'état d'innocence, les hommes étoient obligés de se donner à Dieu, mais ils avoient pour cela une grâce toujours présente et attachée à leur nature. Depuis qu'ils sont déchus de cet état, et nous avec eux, c'est une miséricorde de Dieu très-particulière qu'il daigne accepter le don que nous lui faisons de nous-mêmes. Vous devez encore remarquer, ma sœur, que vous ne demandez pas la miséricorde de Dieu pour la rémission de vos péchés , ou pour obtenir quelque grâce particulière , mais pour être admise aux vœux de la profession; ce qui vous doit apprendre la pureté d'intention et le désintéressement avec lequel vous devez agir dans cette action, où votre dessein doit être de vous consacrer à Dieu, de vous vouer, de vous engager à son service le plus étroitement qu'il vous est possible, en vous ôtant la liberté de vous en pouvoir jamais déprendre.
Vous voulez vous unir à Dieu par les trois puissances de votre âme, que Dieu vous a données pour cela; et parce qu'elles ont été corrompues et déréglées par le péché, vous les voulez redresser par les trois vœux. La mémoire, qui nous sert à conserver le souvenir des objets de la terre, sera purifiée par la pauvreté, qui la dépouillera de toutes ces images terrestres, pour l'occuper à désirer les richesses de la grâce de Jésus- Christ , qui est le partage de ceux qui ont renoncé aux biens
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de la terre. L'enlentlement, qui doit counoîlre le vrai bien, sera purifié de ses ténèbres et de son ignorance par l'obéissance, qui est une lumière qui ne trompe jamais ceux ()ui la suivent. La volonté, qui ne doit aimer que le bien souverain et immuable, sera redressée et puriflée par le vœu de chasteté, qui nous interdit l'amour des créatures, pour nous faire aimer unicjuement et d'un cœur pur et chaste celui qui vous prend aujourd'hui pour son épouse. Faites-lui donc, ma sœur, ces trois présens, qiie lui-même vous a donnés; mais faites-les sans réserve, atin que les paroles que nous vous devons répondre aient leur effet, qui sont que ce que Dieu commence en vous fju'il le perfectionne pour sa gloire et pour votre salut éternel.
ex. — A une novice de Port-Royal.
Elle l'exhorte au silence et à la prière. Dieu peut tout eu uous, c'est pourquoi il ne laul désespérer de rien.
Ma très-chère sœur, Je pense (jue ce que vous pouvez faire de plus agréable à Dieu pendant ce Carême, c'est de suivre Notre-Seigneur dans le désert, >ous sé|)arant de tout entretien et du parloir, autant (jue notre mère vous le permettra. Ne point [)arler et toujours prier est |ires(}ue une même chuse, étant bien facile d'avoir Dieu présent quand on n'admet point les créatures'en sa pensée. C'est la plus grande préparation de toutes pour votre profes>ion, alin de sanclitier votre langue qui doit élre l instrument de l'alliance sacrée que vous y contracterez avec Dieu. J espère (juu le miracle dont vous jtarlez airivera (piel(|ue joui-, et «juc vous aurez le courage de pai 1er de votre âme de vive voix, mais il faut (pie cela se lasse par onction et non par ell'ort. Tout ce (jue la grâce o|)ère en nous sont des mirachs, puiscjue la moindre action de vertu faite connue il faut e^t au delà de nos forces; et cotnme Dieu ptHit tout, la grandeur de la dilticultecpie nous trouvons aux choses n'est pas un empêchement à son œuvre : c'est pourquoi il ne faut dcsespérerde rien ni se prorneltic rien, mais attendre qu'il lui plaise faire en nous tout ce qu'il veut (juc nous fassions.