‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 7 sur 205 · LETTRES DE LA MKRE AGNES · texte numérisé non relu

LETTRES DE LA MKRE AGNES

dans les grandes afflictions comme est la vôtre, je me promets que vous recevrez ce billet comme une marque du respect qui me porte à vous rendre mes très-humbles devoirs dans une occasion où il est impossible que vous ne croyez pas que je suis extraordinairement touchée, notre perte nous étant commune, et si je l'ose dire, plus grande pour les personnes qui avoient à passer leur vie avec celte chère sœur. Feu notre mère ' l'eût extrêmement regrettée, et cejiendant elle l'aura reçue avec joie, parce que ses pensées ne sont plus nos pensées, et qu'elle regarde nos intérêts d'une autre manière qu'elle ne le faisoit étant avec nous; et cette même chère sœur que nous pleurons ne peut plus pleurer nos pertes, mais elle désire seulement que nous nous perdions entièrement dans la volonté de Dieu comme elle a fait. L'Évangile que l'on disoit le jour de sa mort - nous a marqué ce que nous devons faire dans cet événement et dans tous les autres qui sont si contraires à notre raison, dans les attaches les plus justes qu'on puisse avoir, quand Jésus-Christ nous apprend à consentir à tout ce que Dieu fait, parce qu'il lui a semblé bon d'en user de la sorte. C'est la seule parole que nous avons à dire en cette occasion , et, pour rendre à cette chère défunte ce que nous devons à l'extrême charité qu'elle a eue pour nous, de remercier Dieu, pour elle et avec elle, de ce qu'il lui avoit fait connoître le mystèrejde l'humihté de Jésus-Christ' ; en sorte qu'ellefut dans ses qualités naturelles du nombre des sages, lui ayant fait la grâce de renoncer entièrement à tout ce qu'il avoit mis d'excellent en elle, et de ne s'en servir que pour l'abaisser plus que toutes celles qui n'avoient point tant de connoissancede Dieu et de soi-même qu'elle en avoit. Vous connoissiez son mérite, Monsieur, beaucoup mieux que nous ne le faisions; et étant aussi chrétien que vous l'êtes, vous ferez un présent à Dieu qui sera tout volontaire, encore que vous soyez tout prévenu de la nécessité que Dieu nous impose, afin que nous ne nous éloignions pas de l'acceptation de ses desseins. Je le sup-

' F^a mère Angélique.

2 Le 4 octobre, fête de saint François d'Assise. Év. S. MaUli.,ch. xi, v. 26.

8 Voyez l. 1", {). 187.

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