‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 6 sur 205 · CCCLXIX.— A M. Arnauld d'Andilly · texte numérisé non relu

CCCLXIX.— A M. Arnauld d'Andilly

A l'occasion d*uu présent qu'elle lui avait fait.

Gloire à Jésus au Très- Saint-Sacrement!

G octobre 1661.

J'ai reçu, mon très-cher frère, le billet que vous m'avez fait riionneur de m'écrirc, avec bien de la joie et de la peine tout ensemble. Il est aisé de deviner le sujet de ma joie, de ce que vous avez eu si agréable le petit présent, sa dignité à i»art, que je vous ai offert; mais le sujet de ma peine, c'est que vous vous soyez émancipé d'écrire dans le tem|)S de cessation de toutes choses où vous devez être, i)0ur faire un remercîment non nécessaire à celle qui sait que vous êtes la personne du monde la plus reconnoissante. Pour moi qui ne fais autre chose que de recevoir de vos bienfaits en toutes sortes de manières, je suis entrée dans une honteuse accoutumance de ne vous point témoigner combien j'en ai de ressentiment. Toutes nos sœurs reçoivent les témoignages de votre charité dans la pensée qu'elles ne la méritent pas, parce qu'on est obligé de s'estimer servantes inutiles, quand on ne fait pas plus (jue ce qu'on est obligé de faire; et, vous regardant comme leur père, il n'y a point de devoirs qu'elles ne voulussent vous rendre. Et pour moi je me trouve si empruntée dans la place que je tiens (le votre unique sœur, que cette qualité m'est à charge quand je pense à (juoi vous êtes réduit, (pioiipie je sois assurée que votre bonté ferme les yeux à ce que je suis en moimême, pour ne considérer que ce qu'il a plu à Dieu de me rendre à votre égard. I*riez-lc, je vous su|)plie, ipi'il me rende humble dans ma petitesse, ahn que je sois digne de sa grâce et de votre amitié.

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