IX.— A Madame d'Aumont
Ma très-chère sœur, Quand je ne vous vois point des yeux du corps, je vous considère de ceux de l'esprit, et je vous vois, ce me semble, toute remplie de l'amour de la croix de Jésus- Christ et du désir de porter la vôtre après lui ; mais vous craignez que votre foiblesse ne vous y fasse manquer. Et qui est-ce qui n'appréhenderoit de succomber sous ce fardeau, si le Fils de Dieu ne s'étoit affoibh lui-même, et n'éloit presque succombé en la portant, pour nous mériter la force qui nous est si nécessaire pour le suivre? C'est ce que vous verrez dans cette image, (jue je vous suppUe de regarder une fois pour moi d'un regard de piété et damour, afin que Jésus-Christ me l'imprime dans le cœur, comme je le supplie qu'il fasse dans le vôtre, qui sait combien entièrement je suis à vous, ma très-chère sœur.
X— A Madame d'Aumont.
Ma très-chère sœur. Je vous vis hier portant la croix de Jésus- Christ, par le moyen de sa grâce qui fortifie notre foiblesse. Aujourdliui il fait davantage, en donnant un plaisir victorieux aux âmes <jui ont gémi sous le poids de leur misère; car il se montre à elles tenant sa croix en sa main, comme le trophée de sa \ictoire, pour nous faire espérer que ce qui nous a été à charge nous deviendra fort léger, et que nous nous glorifierons de ce qui a été le sujet de notre humiliation et de nos