XVIII.— A Madame d'Aumont, à Port-Royal-des-Champs
Au sujet des voyages de celle dame à Port-Royal de Paris et à Port-Royal-des-Champs.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !
Mardi au soir.
Ma très-chère sœur, Vous voilà donc retenue jusqu'à jeudi, à ce que l'on nous dit; mais vous n'y perdrez rien, ni dans le séjour, ni dans le retour, puisque vous serez en si bonne compagnie. Ainsi, ma chère sœur, ayant cru faire un petit voyage tout de charité, vous la recevrez vous-même par la présence de notre bon père (M. Singlin), et vous vous acquittez en même temps des devoirs de l'amitié en donnant une visite à la mère prieure, qui pensoit être bien délaissée, lorsque les joies et les honneurs la vont trouver, pour accomplir la parole d'un prophète, que le désert sera comme le jardin du Seigneur. Nous prétendons au même avantage, puisque tous les monastères doivent être des déserts à l'égard du monde qui en doit être éloigné, et des lieux de plaisance au regard des anges et de Dieu même qui y veut bien faire sa demeure. Et c'est ce qui fait que vous passez de l'un à l'autre avec une satisfaction égale, toutes les deux maisons étant remplies de personnes qui vous honorent, qui vous aiment et qui sont ravies de vous posséder, sauf mon droit particulier que je ne veux céder à personne.