‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 91 sur 205 · XVII. — A MADAME D'aUMONT · texte numérisé non relu

XVII. — A MADAME D'aUMONT

vue hier au mutin; jecroyois que cela ne me pouvoit manquer à d'aulrt'S lieincs, et je me suis trouvée exclue. C'est ainsi (ju'il arrive quand on retarde de faire un bien, car l'occasion en échappe. Vous savez que la i)rivalion irrite le désir, c'est pourquoi je ne bouj^^e d'auprès de \ous la unit et le jour, et la nuit même j'étois couchée auprès de vous, et m étant réveillée j'ai voulu vous baiser la main ; mais à ce faux réveil le véritable ayant succédé, j'ai trouvé qu'il n'y avoit rien de vrai, sinon (|ue ji; ne vous verrai point. Au reste, ayant consullf' toute la semaine pour savoir si je devois communier aujourd'hui, j'ai conclu ce malin que j'y élois obligée pour vous oOrir à Dieu, dans l'entrée d'un étal si long el si pénible. L'on me dit présentement cpie l'on espère que nous aurons plus de peur que vous n'aurez de mal : Dieu veuille cpiil soit vrai; je ne m'y veux pas encore attendre de peur de me repentir.

Cependant, ma très-chère sœur, je vous envoie une antienne de matines, (jui dit que Dieu est l'espérance des saints, (piil est la tour de leur force et qu'il a donné un héritage à ceux (jui le craignent. Cet héritage, c'est la croix, ce sont les iirivations et iesséparntions où il les met. J'aurois désiré (jue cet héritage n'eût |)as été tel (ju'il est, mais c'est peut-être h' plus riche et le plus avantageux pour vous, puistpi'il a plu à Dieu den faire le choix. J'espère, ma très-chère, qu'il joindra les deux autres choses en un plus haut degré (jue vous ne les avez eues jusqu'à présent, et qu'il vous donnera, connue dit saint Paul, une espérance (pii ne confond point, |>arce (pTclle naîtra de l'aflliction, et une force cpii ne sall'oiblira jxiinl dans les suites (pi'il l»laira à Dieu de donner à ce fâcheux commencement.

C'est anjourdhui un jour a donner (pielquc ehose a Dieu. Bienheureux ceux (jui ont de quoi lui ilonner, puiscpr'il leur doit rendre cent pour un. J'ai oublié la béatitude qui vous est échue; je ne laissenii |i.is de la demandera Dieu pour vous, et tout ce qui vous man(|ue pour être parlaiteiiK nt a lui, el pour moi tout ce que je dois avoir pour vous, ma très-chère sœur.

T. II

:î86 lettres de la mère agnes.

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