‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. Faugère (volume 2)Chapitre 99 sur 205 · XXIV.— A Madame la marquise de Sablé · texte numérisé non relu

XXIV.— A Madame la marquise de Sablé

Pour le jour de sa fête ; la perfection de sainte Madeleine consiste en ce qu'elle a beaucoup aimé.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!

Si vous aviez cru, ma très-chère sœur, qu'il fût besoin de me ramentevoir qu'il est votre fêle, vous ne croyez donc pas que mon cœur qui est la source de la mémoii^e soit entièrement à vous. Mais je veux interpréter d'une autre sorte le soin que vous avez pris d'écrire un billet pour cela, ayant sujet de croire que c'est le grand désir que vous avez de bien célébrer la fête de votre sainte patronne qui vous fait demander des prières, pour en ajouter de nouvelles à celles que vous ne pouvez pas douter que l'on fait pour vous par devoiret par affection. C'est celleci, ma très-chère sœur, qui me donne la liberté de vous supplier

i..\V. — A LA MÈRE SINGLIN. 391

très-humblement de considérer ce que l'Eglise a ordonné que tous les chrétiens porleroienl le nom d'un saint, c'est pour leur imprimer Tobligalion qu'ils ont d'imiter ceux qu'ils honorent, et qu'ils espèrent d'avoir [>our protecteurs devant Dieu. Votre sainte est si singulière et si éminente qu'il sembleroit qu'elle fût inimitable, si Noire-Seigneur n'avoit expliqué en quoi consiste sa perfection, en disant qu'elle a beaucoup aimé. Ce n'est point une chose difficile, ma très-chère sœur, que d'aimer, et d'aimer un objet qui en est infiniment digne; et cependant il faut confesser qu'il est autant nécessaire qu'il nous prévienne en nous faisant la grâce de l'aimer, connue il a fallu qu'il nous ait aimés le premier; et qu'encore que ce soit un commandement bien doux et bien favorable que celui qu'il nous fait de l'aimer par-dessus toutes choses, il nous est toutefois impossible de l'accomplir, si ce n'est que lui-même répande sa charité dans nos cœurs, à quoi il veut que nous coopérions en désirant qu'il le fasse, et en demandant avec des prières instantes qu'il détruise en nous l'amour de nous-mêmes qui ne se peut accorder avec le sien; comme sainte Madeleine a témoigné qu'elle étoit morte à toute chose, en même temps que Jésus-Christ l'a comblée do son amour. Ce qui nous oblige de dire a Dieu, connue une âme sainte le répétoit souvent dans ses prières : Seigneur, je ne vous demande rien que l'amour et la haine. Et moi, ma très-chère sœur, j'ajoute ce second souhait de haïr parfaitement l'indignité où je suis de correspondre à ce «jue je dois a l'honneur de votre amitié, et d'aimer l'obligation dt- demander à Dieu (ju'il supplée à ma pauvreté par les richesses de sa grâce.

Page 1