XXV. — A la mère Singlin, reUgieuse de Montmartre
l'ralique de piété couvcnyl)le ;tu teiups do l'Aveul. — I/élal dans lequel Jésiis-Christ vieiil au monde ikhis doil servir de consolalion quand nous sommes destitués de secours spirituels.
J'ai reçu celle que vous avez pris la peine de nous écrire du 21, les premiers jours de rAvcnl. Et bien que ce saint lem|ts nous oblige au relranc hemeut de toutes les choses non
nécessaires, j'ai cru ne devoir pas mettre en ce rang le témoignage que je vous dois rendre de l'agrément que j'ai pour tout ce qui vient de votre part; et je le dois faire ce me semble avec i)lus de fidélité maintenant que vous êtes dans le besoin de quelque secours, bien que je ne sois pas capable de vous le donner , mais seulement de vous assurer que je vous le souhaite, et que je le demande à Dieu pour vous. J'espère, ma chère sœur, que sa divine bonté ne vous le refusera pas en ce temps de miséricorde et de grâce, auquel il oublie l'indignité des hommes et les péchés dont ils ont irrité sa justice, pour se rendre leur consolateur et leur libérateur. C'est en cette quahté, ma chère sœur, que vous devez attendre le Fils de Dieu pendant cet Avent; c'est un des grands exercices de la vie chrétienne que cette attente , et nous sommes autant obligés d'être cxpectateurs comme des voyageurs et des pèlerins. Le pèlerin ne s'attache à rien, parce qu'il ne fait que passer : et celui qui attend ne s'occupe à rien, sinon à désirer que la chose qu'il attend lui soit donnée. C'est donc, ma chère sœur, la dévotion de ce temps que de désirer Jésus-Christ et de soupirer après sa venue, comme faisoient les saints de l'Ancien Testament, mais avec cet avantage (ju'ils le désiroient comme absent, et nous le cherchons comme présent. Car depuis l'Incarnation, le royaume de Dieu est dans nous, comme dit Jésus- Chrisl, parce que nous sommes incorporés en lui, qui porte avec soi son royaume dans lame où il habite parla foi et par la charité. Il n'y a qu'à faire ce que M. Singlin nous a prêché en son dernier sermon, sur le verset Andiam quid loquatur in me, etc., écouter ce que Dieu nous dit dans le cœur ; et pour cela il faut s'imposer silence, et à toutes les créatures, à toutes ses passions et à ses sens ; puis il faut prier Dieu qu'il nous rende ca[)ables d'entendre sa voix, et lui dire comme saint Augustin : « Seigneur, les oreilles de mon âme sont « en votre présence , ouvrez-les , et quand vous les aurez « ouvertes, dites au fond de mon cœur : Je suis (on salut; « mais dites-le en sorte que je l'entende, et que je ne cherche « plus mon salut et mon repos qu'en vous. »
Voilà, ma chère sœur, notre pratique en ce temps-ci principalement que nous honorons rincarnalion du Fils de Dieu,