LXX.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte
Elle l'exiiurie à ne se iioiul éluiiiier de ses cliules. mais à persévérer dans l'humilité et la coaGance ea Dieu.
Fin de septembre I64;j.
Ma sœur, J'ai été bien aise de voir la lettre de la j)elile, où je ne trouve pas moins l'esprit de Dieu que dans celle de ma soeur Catherine de Saint-Augustin, tant il est vrai que lésâmes sont en toutes choses ce qu'elles sont en elles-mêmes. J'espère que voire disposition du jour de saint Mathieu aura de bonnes suites. Il me semble que j'ai vu un changement dans le fond de votre esprit. Pour le conserver, il le faut faire subsister en la griice seule, c'est-à-dire ne vous point étonner (juand il vous arrivera des affoiblissemens, mais les soullrir comme la [)énilence de vos fautes ordinaires, sans lestjuelles hi grâce seroit plus forte en vous. Présupposez que par la miséricorde de Dieu vous êtes déjà convertie, et (ju'il n'y a qu'a subsi.ster dans cette conversion sans inlerruplion, je ne veux pas dire sans péché, car le juste, c'est-à-dire l'âme bien convertie, tornlx,' sept fois le jour, mais sans interrompre le désir de proiiter en se relevant de ses fautes sans découragement et sans étonnemenl, non plus qu'on ne s'étonne pas de voir tomber les feuilles des arbres, a quoi l'Écriture sainte compare les âmes. Cette immobilité d'esprit en la vue de ses chutes continuelles est un ellel d'humilité et de confiance en Dieu , (|ui sont le tout de rame, poinvu i|ue l'on apporte la vigilance (jue l'on doit pour ne pis tomber a son escienl, (|ui est ce (pie \ous faites maintenant en vous tenant dans votre cellule pour éviter les occasions.
IHA LETIKES DE LA MÈUE AGNÈS,
LXXl— A la sœur Catherine de Saint-Augustin (Mlle d'Elbeuf)
Elle lui dit coniment elle se doit oirrir à Dieu dans sa maladie.
Octobre 164o.
Ma très-chère sœur. Puisqu'il plaît à Dieu que votre maladie m'ôte la liberté de vous voir, et que vous voulez que j"y supplée en vous disant quelque chose, je vous veux obéir, parce que Félnt où vous êtes ne permet pas qu'on vous refuse rien, et Dieu même promet d'exaucer ceux qui souffrent. Il ne vous faut plus que l'amour de Dieu avec la souffrance, et vous aurez tout. Nous ne savons pas le dessein de Dieu sur vous; mais soit qu'il vous prenne ou qu'il vous laisse , vous devez être, ce me semble, dans la même disposition au regard de l'un et de l'autre, qui est de vous offrir continuellement à sa sainte volonté, afin que dans la vie et dans la mort vous soyez toute à lui. Vous savez qu'il ne faut qu'ouvrir ou fermer les yeux pour faire ces oblalionsde vous-même à Dieu. Parlez le moins que vous pourrez; vous vous faites beaucoup de mal en parlant, et avec cela Dieu regardera votre silence comme une prière continuelle. Je crois que M. Singlin vous aura ordonné quelque petite aspiration pour dire souvent. Les paroles an Saint-Esprit sont des étincelles qui allument le cœur, servezvous-en le plus que vous pourrez. Adieu, ma chère sœur; je suis toute à vous.
LXXII.— A la sœur Catherine de Saint-Augustin (Mlle d'Elbeuf), deux ou trois jours avant la mort de cette sœur.
18 ou \9 octobre 164-").
Ma très-chère sœur, Vous verrez M. Singlin quand vous voudrez. Noire-Seigneur vous a mise par sa grâce en un état où vous ne devez attendre de lui que de la consolation. Je suis en grand repos de savoir votre disposition, qui n'est autre qu'un effet de la bonté de Dieu sur vous, qui a rompu vos liens, et vous a mise, ce me semble, dans la vraie liberté. Tâchez de conserver ce trésor, en le remettant souvent entre les mains de celui (jui vous l'a donné, afin ([u'il le garde lui-même. Dites souvent ces paroles : Onili met semper ad Dominum.
r.XXIll. — A MADEMOiSRI.r.K.... |-2.%
Ce sera le mieux de ne point lire la nuit, si ce n'est que cela servît à vous endormir. On n'est jiuère capable de lecture quand on est si mal. In [lelit mol (jue LMeii inspire eslcai»able de soutenir, et il le fait lui-même sans qu'on s'en aperçoive, et parle mal mèmeau(juclil attache toujours une bénédiction (|ui fortifie l'àmeen accablant la nature. Adieu, ma cbèresuuir, je suis toute a vous, je crois (|ue vous n'en doutez point, et je désire de devenir meilleure, afin que vous possédiez (juelque chose de bon.