LXXIX.— Â Mademoiselle
Elle l'engage it écrire à la supérieure de la Visilalion de Poitiers, en lui témoi(;naul le désir d'élre admise en celle coiumunaulé. — La religion a pour tiu la perfeclion évaiigélique, el donne des moyens pour l'acqucnr.
Ce 17 octobre 164 G.
J'ai parlé de vous à M. Singlin. Je lui ai dit que vous aviez demandé une place à Sainte-Marie, et la réponse qu'on vous a faite. 11 est d'avis que vous suiviez le conseil qu'on vous adonné d'écrire à la révérende mère, et que vous le fassiez avec beaucoup d'Immilité et en lui témoignant un grand désir d'élre admise en leur sainte communauté. Ce ne sera point un déguisement, puis(jiie dans le fond de votre àme vous vous scnlez obligée d être religieuse, et que vous devez désirer avec ardeur ce que Dieu demande de vous, et d'entrer dans la voie qu'il a choisie |)Our vous sauver, (pii n'est pas la vie du monde où vous vous éloignez de plus eu plus de votre salut.
Je vous estimerai bienheureuse si Dieu vous fait la grâce d'être reçue en celte maison, et je crois que vous aurez le même sentiment, sans vous arrêter à ce qui vous peut cho(pier l'esprit, qui ne vous concerne point, et qui n'est pas comparable aux misères du lieu où vous êtes : ce seroit faire comme une personne qui seroit emmy » les champs où il pleuvroit à verse, et qui ne voiulroit pas entrer dans une maison parce qu'il y auroit (jnelques tuiles cassées par oii il tombe un peu d'eau. 11 n'y a guère de religion où il n'y ait quelque feule ou (juclciue [letile brèche par où il entre (juelque peu de l'esprit du monde, mais (ju'esl-ce que cela au prix de la corruplifiu de la coiu', où l'on boit riiu'(iui[é couime l'eau. C'est le (juivous doit obliger de poiu>uivre incessamment votie délivrance, et de ne poiul Luit considérer ce (jue vous jircucz. puis(|u'il sera tonjoius préférable à ce (pic vous (juilt»'/.. Priez beaucoup le bienheureux éNè(|ue deCenèxe de vous recevoir pour .«a fille, et de vous donner l'esprit de son ordre qui csl un esprit d'humilité, de douceur, de simplicilé et
> Au iiiili<*u drs ciMiii|iH.
do charité; tout cela vous est fort nécessaire, et vous n'aurez pas peu à faire pour vous perfectionner dans cet esprit. Il n'y a i)oint de religion qui ne se propose pour fin la perfection évangélique, et qui ne donne des moyens pour l'acquérir par le renoncement que l'on fait au monde, et la consécration de tout soi-même à Dieu pour lui être une hostie vivante. Arrèlez-vous à cela qui est le principal, et ne vous arrêtez point à tout le reste. Votre esprit a besoin d'être renversé autant dans ses inclinations spirituelles que dans les naturelles, parce que vous prenez beaucoup de part à tout ce que votre propre jugement vous fait croire être le meilleur. Nous prierons Dieu qu'il dispose l'esprit de la mère à vous faire charité, et qu'il prépare le vôtre à laiecevoir. Regardez-vous comme une victime qui doit être immolée à Dieu, et soyez où vous êtes comme si vous n'y étiez déjà plus. Défiez-vous beaucou|) de vousmême, vous souvenant que vous avez déjà deux fois manqué à Dieu, et que vous ne sauriez lui être fidèle s'il ne vous donne une grâce puissante, pour humilier votre esprit qui s'élève toujours au-dessus de lui-même; c'est ce qui vous est le plus nécessaire, et que je supplie Noire-Seigneur de vous donner. Vous savez, ma chère-sœur, que je suis toute à vous en Notre- Seigneur Jésus-Christ.