‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 125 sur 247 · XCVI.— A la mère Marie-Angélique Arnauld · texte numérisé non relu

XCVI.— A la mère Marie-Angélique Arnauld

Après une grande maladie que la .Mère Aiij^éliqiic eiil à Purl-Uoyaldes-Cliani|)S, h la lin de l'année IGIS.

Fin de\6iH.

Rellquiœ coijitalionia diem festum agent libi , votum ravit Deo Jacob.

Ma très-chère mère. Nous ne vous enlretiendrons point de nos douleuis ni de nos joies à l'égard de voire maladie el de voire santé. Toutes les deu.\ se peuvent bien sentir, mais il seroil diflicile de les exprimer, et si nous le voulions faire, je craindrois (jue \ous ne nous disiez ce <|ui est dit en Job: Qui élvs-rou.'i qui enveloppez des paroles sans srirnre'/ car l>itu même qui ne parle (ju'une fois, n'aime pas la (pianlilé des paroles. Kl vous, ma très-chère mère, vous aimez les paroles abrégées qui se terminent a tles ell'els d'une longu»; étendue. C'est ÏK)urquoi nous avons résolu de nous parler cette sorte de lan-

gage, en vous exposant les vœux que nous avons faits à Dieu en action de grâces de votre santé en la manière qui s'en suit. Ma très-chère mère, puisque vous m'assurez que la lumière qui est en moi n'est que ténèbres, je ne veux plus suivre les illusions de mon propre esprit. Je me suis donc résolue de croître en décroissant, de travailler en me reposant, de chanter en me taisant, en un mot de n'offrir plus à Dieu ces sortes de sacritlces qui lui font dire : Laboravi suslinens, mais plutôt de lui présenter un cœur simple et docile comme celui d'un enfant. Quand je serai arrivée à cet état, Dieu m'aimera, et ma très-chère mère aussi, et je dirai liardimentque je suis sa Très-humble et obéissante fille et servante.

Sœur Catherine Agnès de Saint-Paul,

Très-india!iie reliççieuse.

XCVII — A la sœur Marie-Angélique de Saint-Paul de Thou de Bonœil.

Pendant la guerre de Paris. — Retenue que l'on doit avoir à parler des choses qui se passent. — Dans tous les temps, ceux-là sont heureux qui se confient en Dieu.

Samedi 30 janvier 1649.

Ma très-chère sœur, Je vous remercie très-humblement de vos retenues qui sont fort bonnes. Je serois bien ingrate, ma chère sœur, de ne vous pas procurer toute la consolation que l'on V0U4 peut donner ati défaut du service que je vous devrois rendre. M. Singlin est souvent à notre conférence, oti il nous dit de son abondance et sans préméditation les meilleures choses du monde. Je ne vous dirai pas que je vous y souhaite, car je vous trouve fort heureuse d'en être privée, aux conditions qu'elles nous sont données, qui sont de remplir nos vides, ou plutôt nos ruines, implebit ruinas. Je ne pense pas que Dieu oublie tellement sa miséricorde qu'il veuille accabler cette ville, selon la prédiction qu'on vous en fait. Ce n'est pas que les crimes qui s'y commettent ne le méritent assez. Ceux qui les commettent et qui ne se convertiront point, doivent attendre pire que cela, quoique ce ne soit jms peutêtre si tôt; mais ce retardement sera moins qu'uti moment quand il sera suivi de l'éternité. C'est pourquoi David dit (pie

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