‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 124 sur 247 · XCV.— A une religieuse de Port-Royal, à P.-R.-des-Champs · texte numérisé non relu

XCV.— A une religieuse de Port-Royal, à P.-R.-des-Champs

Sur le mystère de la naissance de Jésus-Christ. — Le Fils de Dieu, qui exige de nous que nous imitions sou exemple, est venu aussi pour nous donner la bonne volonté.

Vers la fm de 1648.

Ma très-chère sœur. C'est de tout mon cœur que je prends part à la grâce que vous attendez à cette sainte fête. Je me réjouis particulièrement que Dieu ait choisi un mystère qui renferme tant d'instructions, afin que la grâce de votre renouvellement étant émanée de l'humilité ou plutôt de l'anéantissement prodigieux du Fils de Dieu, vous^soyez obligée, pour la conserver et pour la faire croître, de vous exercer dans les mêmes vertus, qui sont peut-être celles à quoi vous vous étiez autrefois moins appliquée. Il est vrai, ma chère sœur, que les abaissemens incompréhensibles de Jésus et la simplicité que sa sainte enfance nous propose, avec l'entière dépendance et l'impuissance à quoi il s'est réduit, donnent de la frayeur à notre nature superbe et dominante, s'imaginant qu'elle n'aura que de la tristesse et du trouble dans une telle vie; mais le Fils de Dieu, qui l'exige de nous par son exemple, nous promet quand et quand ' qu'il en résultera une paix et une joie dans les âmes de bonne volonté; et parce que nous pourrions craindre de n'avoir pas cette bonne volonté, qui est moins

1 En même temps.

XCVl. — A LA MERE MARIE-ANGÉLIQUE ARNAILD. ITiS

commune qu'on ne pense, Jésus-Christ est venu pour nous la donner. C'est poiir(}uoi il y a une autre version qui dit;, comme M. Singlin nous prèclia l'année passée, que les anj^es dirent : Gloire à Dieu dans les deux, et une bonne volonté aux hommes. Nous n'avons donc pas sujet, ma chère sœur, d'ajipréheuder (jue rien nous man(jue, i>uisi|uc Notre- Seigneur vient suppléer à ce que vous n'avez pas, et accroître ce qu'il vous a déjà donné. C'est déjà un eflVt qui ne peut venir que de sa grâce pleine de force et de sua\ ité, de vous avoir délivrée de ces terreurs imaginaires qui vous faisoient trouver A affreuses les choses qui vous sont maintenant faciles et agréables. Quand il plaira à Dieu et à notre mère de vous ramener ici, vous y serez reçue avec une plénitude de cœur et d'adection à vous servir. Que si elle juge qu'il soit mieux de vous laisser encore |>our éprouver votre détachement et faire croître voire grâce sous la faveur de la i)rivatiou de cette chère mère, vous nous serez encore plus chère et plus présente dans celte séparation, qui vous rendra plus capable de vous approcher de Noire-Seigneur et de vous altaclier à lui seul. En attendant cet événement, je demeure, etc.

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