‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 127 sur 247 · LETTRES UE LA HÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

LETTRES UE LA HÈRE AGNÈS

vant de rien qu'à donner de vaines craintes ou de vaines espérances. Pour le premier, nous devons dire : Dominas illuminalio mea et salus mea, quem timebo. Pour le second : iNo/«7e confidere in fïUis hominum, in quibus non est sahis. Il n'y a qu'une chose que je tiens pour licite, et qui m'est nécessaire même pour avoir du repos, qui est de m'enquérir s'il n'y a point dalarnie à notre faubourg; c'est à quoi je pense pour l'ordinaire quand je me réveille la nuit, et je dis ensuite : Deus qui virginalem aulam. J'ai grande conflance aux prières de notre bon père, et néanmoins je ne suis pas assez inspirée pour proposer à personne d'y avoir recours. Vous avez un saint dépôt de lui dans le cloître, mais ne le cherchez pas ailleurs, parce qu'il n'y est plus; nous l'avons ici avec nous depuis quelques jours. Je suis toute à vous, ma très-chère sœur.

XCVIII— A la mère Marie des Anges Suireau '.

Sur la mon de la sœir Madeleine de Sainte -Chrisline Arnauld, le 3 février 1649.

Samedi 6 février (1649.)

Ma très-chère mère, 11 nous est arrivé comme à vous; l'on a pleuré à la Miséricorde sur le souvenir que nous avons eu de la vie de cette pauvre sœur, qui a été dans une mort continuelle de toutes choses. Je crois que Dieu lui a fait la miséricorde de suppléer à ce qui lui manquoit d'une liberté entière qui ne sert d'ordinaire qu'à réfléchir sur nous-mêmes. C'est un bonheur pour notre monastère que la première religieuse du Saint-Sacrement ait été apparemment innocente. Si nous pouvions être par vertu ce qu'elle étoit quasi par nécessité, je veux dire autant privées de toutes choses et aussi séparées, je crois que ce seroit ce que Dieu demanderoit de nous.

' I.a Mère Marie des Anges Suireau vint à Port-Royal en 1615. Elle prit l'habit de novice en 1 6 1 6 et fit profession en 1 6 1 7, à l'âge de 1 8 ans.

En 1622 elle fut envovée à labbaye du Lys pour y être maîtresse des novices; elle v resta trois ou quatre ans. Elle lut abbesse de Maubuisson depuis janvier 1627 jusque \6î>i, qu'elle revint à Port-Royal de Paris. On rétablit maîtresse des converses postulantes. — Le 26 novembre 16o4, elle fut élue abbesse de Purl-Royal, et continuée le l'^f décembre 1637, jusqu'à sa mort arrivée le 10 décembre l6o8.

Page 1