C. — A LA SCEIR MARIE-DOROTHÉE DE L'INCARNATION
n'i m prouve pas. Il se faut servir de ce que Dieu donne, avec liberté et coiiûance «luelles ne nous luiironl pas, car lesdous de Dieu portent leur |)réservalion avec eux, Notre Seigneur ayant pris celte comparaison en l'Évaugile, des pères selon la nature, qui ne donnent pas une pierre au lieu d'un morceau de pain. Il arrivera assez de rencontres où vous ne pourrez recevoir ce que vous demanderez, et alors il faudra vous laisser détacher par Dieu mèuie, trouvant bon que sa providence vous |»rive de ce que vous désirerez.
Pour ce (jui est des diverlissemens, vous savez que voire carême consiste à y renoncer; et alin que vous ne désiriez pas la lin du carême pour avoir plus de liberté, vous n'ignorez jias que le temps de la sainte résurrection demande une vie encore jikis spirituelle; mais il ne faut poiut s'effrayer de eela, sachant quil y aura loujoiu's un coud)al entre l'esprit et les sens. Lon dit selon l'esprit ces paroles de David : Mon âme a refusé d'clre consolée ; je me suis souvenu de Dieu, et je me suis réjoui. La nature dit au contraire ces paroles de ,lob : Qui csl-ce qui pourra manger la viande qui n'est point salée, et qui après qu'elle est (joùtée cause la mort? c'est-à-dire : Qui csl-ce rpii se j)eut nourrir de mortification? Il n'y a que ceux à (|ui Dieu fait goûter combien il est doux.
En attendant que vous en soyez digne, privez-vous de tout ce (jue vous pouriez, afin que Dieu remplisse le vide de votre àme. Désirez d'agréer aux anges, qui sont toujours dévols et recueillis en Dieu, plutôt (juà deux petites filles qui ne sont guère raisomialtles. Laissez-nous gouverner chacune selon sa portée, et ne vous sondez [loiut vous-même; pour saxtir si vous seriez cajtable de la conduite (ju'on exerce sur les autres. Soyez Adèle à votre voie, cela suffit; et espérez ([ue Dieu ne vous tentera point par-dessus vos forces, parce (ju il vous aime et qu'il ne vous veut pas accabler.
Il est vrai (jue vous n'êtes pas ime parfaite religieuse; mais de dire aussi (jue vous ne le soyez point du tout, cela n'est pas; vous l'êtes autant ({u'il plaira a Dieu de vous attribuer ce litre, et de ne vous point imputer les taches (jue vous contractez contre la pureté de ce saint étal. Il n'y a (lue l^eu (jui forme les bonnes religieuses; c'est nu clirl-d'diiNre de sa main.
Dites-lui humblement ces paroles : Mon Dieu, ne méprisez pas l'œuvre de vos mains.
Vous savez bien qu'il est inutile de prier Dieu des lèvres et (ju'il n'y a que le cœur qui prie. C'est pourquoi quand vous sentez que vous n'avez point de cœur, il en faut demander un avant toutes choses et attendre que Dieu en ait créé un dans votre âme. S'il vous ennuie cependant, cet ennui sera la matière dont Dieu le formera; car il fait tout de rien, et c'est prier que de subsister dans ce rien qui purifie l'âme par la peine qu'elle a à le souffrir. Je ne sais ce que vous entendez par un temps notable que vous dites ne pouvoir prier Dieu quand vous êtes indisposée. Je ne voudrois pas vous obliger d y demeurer une demi-heure, ni un quart d'heure, mais on ne peut pas moins qu'un demi-quart, si ce n'est qu'on soit malade, car lors les impuissances sont incroyables. Mais pour l'ennui, il ne faut pas désister; et même quand on se lève de la prière n'y ayant qu'un peu demeuré par foiblesse, il ne faut pas secouer le joug, comme en étant quitte ; mais plutôt envisager le retour, et dire à Dieu que l'on reviendra bientôt, s'imaginanl qu'il nous dit ces paroles : Retourne, retourne, Sun ami te ; retourne, retourne, afin que nous te voyons. Ces répétitions si pressantes font voir que nous ne saurions vivre sans oraison, qui est la conversion de notre cœur à Dieu, et la seule cause qu'il nous regarde.
Ne craignez point la vanité; mais espérez que Celui qui sera l'auteur de vos vertus en sera aussi le protecteur. Notre- Seigneur dit que ceux qui garderont sa parole connoltront la vérité, et que la vérité les délivrera. Il me semble que vous devriez dire en détail toutes les paroles légères, vaines et indiscrètes que vous dites; parce que la confusion qu'on en reçoit est la pénitence la plus convenable.