‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 137 sur 247 · CXII.— A Mademoiselle Pascal · texte numérisé non relu

CXII.— A Mademoiselle Pascal

.\u sujet de ce qu'elle avait |)rop()sé pour ess.ayer d'oblonir permission de passer au moins quelque temps à Pori-Uoyal.

Vendredi 3 juin (1 650] .

Ma très-chère sœur, Xous reçûmes hier seulement celle que vous avez écrite de ma scrur Barmontet, du -21 du passé ; elle vous fiiit réponse et vous témoigne son in(iuiétude de ce que Ton pense à troubler son dessein. Je lui donnai sa lettre innocemment, ne croyant pas qu'elle la dût prendre si à cœur; mais elle |)leura beaucoup, à (juoi je ne pus apporter autre remède (juede la faire parler à. M. Singlin qui venoil d'arriver des champs. Il lui a conseillé d'écrire a monsieur son frère pour empêcher ses i)Oursuites, cl lui demander au moins du temps pour continuer le dessein qu'elle a de travailler |>our ellemême, pendant (|uoi les choses pourront changer et la délivrer du fardeau qu'on lui veut imposer.

Je crois, ma chère sa'ur, que vous aurez maintenant la

réponse de M. Singlin du 24 du passé. Je ne sais ce qu'il vous mande, sinon quMl me fil l'iionneur de me parler de ce que vous lui proposiez pour votre retour ', qui étoit de vous jeter céans pour tenter si vous pourriez obtenir permission d'y demeurer au moins un temps. Il agita beaucoup ce dessein, après quoi il me semble qu'il conclut que vous pourriez voir si cela vous réussiroit. Vous écrivez maintenant, ma chère sœur , pour savoir si vous devez attendre M. votre beau-frère '; la voie seroit plus sûre et plus convenable que toute autre; et sans ce retardement il ne faudroit pas penser à autre chose, et en ce cas vous ne pourriez pas échapper de ses mains, parce ({u'il faudroit, comme vous dites, qu'il vous remît entre celles de M. votre père. Mais d'ailleurs aussi vous auriez cette raison de demander une retraite, en laissant une si bonne compagnie en votre place. M. Singlin dit qu'il ny a que vous qui puissiez juger ce qui sera le mieux; c'est pourquoi il faut beaucoup prier Dieu devons faire choisir les voies qui lui seront plus agréables et qu'il lui plaira de bénir. Nous le ferons de notre côté, ma chère sœur, la soumission que vous témoignez nous obligeant de nous intéresser beaucoup dans ce qui vous touche.

M. Singlin et M. de Rebours vous recommanderont à Dieu avec grande charité. Je ne puis être importunée, ma chère sœur, de ce qui vient de votre part, je vous supphe de le croire: et qu'étant déjà devant Dieu ce que vous désirez pleinement d'être un jour, nous sommes aussi à votre égard ce qu'il nous obligera d'être à l'avenir; c'est pourquoi il ne faut plus, s'il A'ous plaît, employer personne pour exiger de nous, pour exiger tout ce que vous pouvez désirer selon Dieu, puisqu'il nous a rendue,

Ma très-chère sœur.

Votre très-humble et très-affectionnée servante,

Sœur Agnès, R»° ind.

J'ai oublié de vous dire une parole que M. Singlin m'a dit de vous mander, qui est qu'il ne faut pas commettre monsieur

' Elle était alors à Clermont.

^ M. Périer.

CXlll. — A MADEMOISELLE PASCAL. 171

votre beau-frère avec monsieur votre père, c'est-à-dire vous servir de lui pour des clioses qu'il auroit désagréables.

CXIII — A Mademoiselle Pascal-

Klle l'exhorte ;i la soumission aux ordres de Dieu, à tenir caché le talent qu'elle a pour la poésie, et à servir le prochain selon les occasions que I>ieu lui en offre.

22 juillet 1650.

Nous avons reçu vos lettres du 8 et du 12 de ce mois. Elles nous font voir, lua chère sœur, (juc l'heure n'est pas encore venue. Il la faut attendre de Dieti avec une entière soumission à ses ordres, desquels dépend tout notre bien. Vous ne doutez pas que Dieu ne pui.^se tout ce qu'il veut ; mais nous voudrions (jue sa puissance précédât sa volonté pour faire en notre faveur ce que nous voulons, croyant (ju'il le veut aussi; ce qui n'est pas toujours de la sorte, [larce qu'il donne souvent des volontés dont il ne donne pas l'exécution, ce qu'il manifeste |»ar les emjièclieMiens (ju'il fait naître; et lors il faut accepter les relardemens du même cœur que l'on acce[)teroit l'effet de son désir. Je prends cela, ma chère sœur, pour une marque que Dieu se fie en vous, c'est-à-dire à la grâce (ju'il vous a donnée, quil sait bien être assez iorle pour ne point fléchir, et assez persévérante |)Our ne point manquer.

J'ai demandé à M. Singlin son sentiment sur ce que vous me mandez. Pour la i)reuiitre, il dit quil ne faut point que des religieuses travaillent pour la vanité, qu'il vaut mieux que vous y travailliez peu à jjcu pour vous occuper. Pour la seconde, il vaut nn'eux (jue celte personne cache le talent (ju'elle a ' [lour cela que de le faire valoir, car Dieu ne lui en demandera point compte, puis(|ue c'est le partage de notre sexe que l'humilité et le silence.

C'est aujourd'hui un jour signalé * pour demander à Dieu qu'il opère la conversion de ces deux peisonnes, à quoi vous

' Pour la |ioési<'. M"« l'a^-ral ayant mis en vers l'hymne de l'Ascension, Jettu, no^trn rttfirmptio , on l'exhorta k continuer. Mais elle en eut scrupule, et écrivit k la m/re A^nès, qui lui lit ceUe réponse. Ayant reçu ce conseil, elle renonri à la poésie.

' 22 juillet, fétc de sainte Madeleine

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