LETTUES DE LA MERE AGNES
J'espère aussi, ma chère sœur, que vous vous exercerez aussi davantage à l'obéissance sans réplique et à la charité vers les malades, en les servant aussi soigneusement que vous feriez Jésus-Christ même, car il les met en sa place. Il ne faut jamais juger de celles qui ont du mal, puisqu'on est obligé de les croire, et c'est une dureté et un orgueil de penser le contraire, et encore plus d'oser dire à d'autres ce qu'on a pensé. Il n'y a rien qui déplaise plus à Dieu que de parler au désavantage du prochain, ni rien qui nous rende plus indignes qu'il ait pitié de nous; comme, au contraire, ceux qui excusent ses défauts dans leur cœur, et qui les couvrent du silence en n'en parlant jamais (si ce n'est à ceux qui les doivent savoir), méritent que Dieu couvre les leurs par sa miséricorde, puisqu'il a dit, que de telle mesure que nous mesurerons les autres il nous mesurera aussi.
Ce doit donc être les deux principaux points sur quoi vous devez examiner votre conscience lorsque vous voulez vous confesser : 1° comme vous vous êtes acquittée du saint office, de l'oraison, et des fréquentes aspirations qu'on doit faire vers Dieu durant la journée, comme il est dit dans les Constitutions; 2'^ comme vous avez agi vers le prochain, et principalement si vous avez retiré votre esprit de la vue de ses fautes, en priant Dieu qu'il leur fasse la grâce de s'en corriger, avec autant d'affection que vous désirez la correction des vôtres. Il n'y a point de voie plus efficace pour obtenir de Dieu qu'il vous délivre de vos imperfections, que de vouloir en délivrer les autres s'il étoit en votre pouvoir, au lieu que l'on se plaît quelquefois à les remarquer et à les apprendre aux autres, qui est un très-grand mal, et que je crois que vous ne voudriez pas faire.
M. Singlin me fit l'honneur de me dire avant que j'eusse reçu votre lettre, qu'il vous avoit vue, et qu'il vous avoit trouvée toute pleine de bonne volonté. Vous voyez comme Dieu a soin de vous, de vous avoir fait parler à lui sans l'avoir demandé. C'est bien fait de préférer toujours les autres à soi en ces rencontres, comme la sainte Cananée d'aujourd'hui, qui ne demandoit que des miettes. Les âmes qui se contentent des moindres secours et des moindres assistances, Dieu les leur