‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 160 sur 247 · CXXXIV. — A LAR.M. FRANÇOISE, DE LA CONG.DE N.-D · texte numérisé non relu

CXXXIV. — A LAR.M. FRANÇOISE, DE LA CONG.DE N.-D

cette viande céleste sans laquelle voire âme est languissante et sans soutien. C'est pourquoi nous la demandons tous les jours à Dieu comme noire pain céleste et divin, qui nous fait subsister dans la voie de Dieu et nous donne des forces pour combattre nos ennemis; et c'est pourquoi l'esprit malin fuit ce qu'il peut pour nous en éloiirner, ou en nous donnant de trop grandes craintes, ou en nous rendant négligentes à surmonter nos passions, et dans la pratique de la vertu, afin que nous n'en relirions pas le même fruit que les âmes qui s'en approchent avec amour et confiance, et qui joignent u cela le soin de s'y bien préparer, en retirent.

Il me reste à répondre sur ce que vous craignez de devenir délicate. Je vous dirai, ma sœur, qu'encore que vous le deviez apitréhender, il ne faut pas faire pour l'éviter des choses qui surpassent vos forces; c'est assez d'avoir attenliou à employer celles (|ue vous avez à vous servir vous-mcuie i)rincipalemen(. Et en ce que vous ne pourrez pas, éviter les superfluilés en n'exigeant rien que de nécessaire et ne se rendant jtas difficile à contenter. Je crois que vous serez toujours prèle à servir les autres quand vous en aurez le pouvoir, et je ne vois pas que vous man<juiez giière en ce point. Ce que vous avez le moins, c'est le recueillement elle silence; et pour cela, il faut éviter toute? les dissipations, et se rendre fidèle à la retraite intérieure et extérieure |)uury goûter Dieu, ctapprendre à faire dans la terre ce qui sera notre seule occupation dans le ciel.

Je suis, ma chère sœur, entièrement a vous en Nutre-Seigneur Jésus-Christ,

CXXXIV.— A la révérende mère Françoise, de la congrégation de Notre-Dame, à Rouen.

Elle lui expose ses sfnlimenls sur les grâces ei la miséricorde de Dieti *ur l'orl llovai, aliii d'èlre aidée ii l'en reuiercier incessammeni.

Lundi i6 juin tG'jl.

Ml tn^s-chère mère, Vous m'accablez de timt de civilités et

de recoruioissance tiue vous n«; me laisseiez rieu à vous dire

pour vous remercier tres-huiiddement de toutes les bontés

qti'il vous a plu do nous témoigner, et (|ui vous ont rendue

capable de tous édifier de cette maison. Que s'ilest vrai que la bénédiction de Dieu y soit (comme nous sommes obligées de l'avouer, à moins que d'être fort ingrates de la miséricorde de Dieu sur nous), il la faut toute attribuer à la conduite qu'il à plu à Dieu de nous donner, sans laquelle nous serions moins que toutes les autres, ayant en effet moins de fidélité et de correspondance à ce qu'on nous enseigne, que les autres n'en ont à ce qu'elles savent. C'est la connoissance et l'aveu de cette vérité qui nous obligent de souffrir avec humilité et patience toutes les choses qu'on dit de nous, sachant que, si elles sont fausses d'un côté , elles sont véritables de l'autre; étant aussi faux qu'on nous enseigne une mauvaise doctrine et que nous soyons dans l'erreur au regard de la foi, comme il est véritable, à notre grand regret, que nous ne pratiquons pas ce qu'on nous dit, et que notre charité n'est pas aussi sincère et aussi entière que notre foi. Je désire, ma très-chère mère, que vous receviez ceci dans la simplicité que je vous le dis.et que la créance que vous y apporterez vous porte à demander à Dieu que la grâce dont 'il nous a prévenues ne soit pas vaine en nous, mais qu'elle y ait un entier effet; ce qui ne nous oblige pas à peu de choses, puisque vous savez par expérience que les conseils qu'on nous donne ne vont pas à moins qu'à ruiner tout ce qui est de nous, pour faire régner la grâce de Jésus-Christ dans nos âmes. C'est le sermon que M. Singlin nous fit le jour de Saint Jean dernier, sur ces paroles du même saint : 7/ faut qu'il croisse (parlant de Jésus-Christ) el que je diminue. Nous lui demanderons, ma chère mère, la même grâce pour vous, puisqu'il faut toujours croître et ne se contenter jamais de ce que l'on est, car c'est une parole de notre sermon, tirée de saint Augustin : Aussitôt que vous vous serez plu en vousmême, vous êtes perdu. L'on nous dit aussi que tout ce que nous sommes dans la grâce n'est qu'un souffle du Saint-Esprit, qui souffle quand il lui plaît et oi^iil lui i)laît. Quellegràce, ma mère, de n'avoir que des sermons si solides et si efficaces qu'un seul enseigne tout ce que l'on doit faire pendant toute la vie!

Je pensois ne vous écrire qu'un mot, mais quand je puis parler confidemment à quelqu'un de la miséricorde que Dieu

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