‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 190 sur 247 · CLXI.— A une religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

CLXI.— A une religieuse de Port-Royal

Elle l'engage à faire une retraite. — Nous trouvons dans la rédemption de Jésus-Christ des remèdes à tous nos maux : il faut veiller et prier pour y avoir part.

27 mars 1652.

Ma très-chère sœur, J'ai parlé de votre retraite à mademoiselle de Sainte-Maure, croyant que la difficulté seroit de son côté; je me réservois à vous le proposer lorsque je vous irois voir, ce que je n'ai pu à cause de mon rhume, qui est cause qu'on me tient captive. J'ai bien cru, ma chère sœur, que vous seriez toute disposée à cette retraite, n'ayant plus les engagemens qui vous la faisoient éviter, et vous aviez grande raison de ne la pas entreprendre, puisque ce n'eût été qu'un déguisement. Elle vous est nécessaire maintenant pour conserver avec plus de soin la grâce que Dieu vous a faite de rompre vos liens, et pour considérer en sa présence l'excès de sa miséricorde, qui vous a tirée d'un si grand aveuglement. Il ne faut pour cela que vous tenir à ses pieds, ou plutôt au pied de sa croix, pour recevoir le prix de son sang qu'il y répand pour vous et pour tout le monde. Vous vous entretiendrez encore sur ce qu'il souffre en sa sainte Passion, où la variété de ses peines nous représente la diversité de nos péchés, qui ont eu besoin chacun d'un remède particulier pour être guéris. Tous ces faux témoignages rendus contre Jésus-Christ ont été nécessaires pour expier notre défaut de sincérité; l'abandonnement de ses disciples, pour satisfaire aux amitiés vaines et mauvaises dans lesquelles on contrevient à la vraie, qui n'aime que les âmes et ne tend qu'à leur faire du bien, ou à la sienne propre ; et le délaissement incompréhensible du Père éternel à l'égard de Jésus Christ est le remède du désespoir où le démon tâche de précipiter les âmes après les avoir éloignées de Dieu par des infidélités volontaires. Enfin, ma chère sœur, vous trouverez dans la rédemption de Jésus-Clirist, qui est si abondante, toutes sortes de secours à la réparation de toutes sortes de maux. Gardez-vous donc bien d'entrer dans la moindre défiance que vous ne puissiez sortir de toutes vos misères, ayant un si grand rédempteur. Tout ce qu'il vous

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demande, c'est ce qu'il demanda à ses apôtres an Jardin des Olives quand il leur dit : Veillez el priez, de peur que vous n'entriez en tentation. La vôtre a été fondée sur ce que vous avez né^li{j:é l'un el l'antre ; c'est ponninoi vous avez une obligation particulière de vous y exercer, et de joindre votre veille sur vous-même à celle des autres, en découvrant tous vos besoins afin qu'on y prenne garde. Je vous supplie de ne rien faire de tro[) fort au regard de voire santé : le n'a |)asélé en cela que vous avez manqué, au contraire, vous avez pris un faux appui sur ce que vous n'épargniez ftoint votre corps, pendant que vous faisiez un sacrifice de votre esprit à l'esprit d'erreur et de mensonge. Je suis toute à vous, ma très-chère sœur, parce (jue je désire d'être toute à Dieu, que je dois regarder en vous puisque vous ne voulez plus regarder que lui. Je le supplie de vous bénir par sa miséricorde.

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