‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 201 sur 247 · LETTRES T)E LA MÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

LETTRES T)E LA MÈRE AGNÈS

j'ai (le vos bontés pour moi, de me faire part de tous vos biens spirituels. J'avoisenvie d'être présente d'esprit à votre cérémonie, mais pour n'avoir pas eu la fidélité de voir l'invisible, je n'ai rien ressenti de la rosée céleste qui sera tombée sur celles qui étoieni et présentes et agissantes, pour ne pas recevoir cette grâce en vain. Je tâcherai de me trouver aujourd'hui à l'entrée que vous ferez au chœur, et au rétablissement du Saint-Sacrement dans son trône principal, où il y a plusieurs centaines d'années qu'il réside, mais où il n'a pas toujours reçu les hommages qui lui étoient dus. Plaise à sa bonté que nous soyons dignes de lui en rendre de plus fidèles, afin que Jésus-Christ, en ce mystère, soit présent dans nous, comme il l'est au dehors, puisque, selon saint Ambroise, il est loin des négligens, et proche de ceux qui sont fervens et parfaits. Il faut que vous ayez patience encore huit jours avant (jue d'avoir de l'eau de la Samaritaine. Et cependant on nous présente aujourd'hui un pressoir dans lequel a été [)ressuré le vin dont les apôtres ont été enivrés à la Pentecôte ; mais il faut craindre que la vigne qui le doit produire, au lieu de porter des grappes, ne porte des lambruches, je ne sais ce que c'est, sinon quelque chose qui ne vaut rien. Nous ne sommes pas si misépersonnes des villages d'alentour, venues à dessein de recevoir cette grâce. Après quoi M. Arnauld célébra la messe sur l'autel consacré de nouveau, et dit celle de la Dédicace. Le Saint-Sacrement demeura encore dans le petit chœur, et l'on continua à y dire l'oftice, parce qu'il y avait encore à travailler 5 l'église.

« Tout ayant été achevé le 1 4 de mars, vendredi de la deuxième semaine de carême, huit jours après la consécration de l'autel, l'on y fut dire Tierce, après lesquelles M. Arnauld, accompagné de diacre et de sous-diacre, et suivi de M. le duc de Luynes et de tous les solitaires, qui tenaient tous des cierges allumés, vinrent prendre le Sainl-Sacremeni dans le petit chœur, lequel fut conduit processionnellement jusqu'à l'autel, pendant que les religieuses chantaient le Puntje linijua dans leur chœur, la grille ouverte, avec des cierges allumés dans leurs mains. L'on chanta ensuite solennellement la messe de la Dédicace. Depuis ce jour, l'on dit toujours l'ollice dans le grand chœur, excepté Matines et Laudes que l'on continua de dire toutes ensemble dans la chambre de saint Bernard, jusqu'au jeudi-saint, 10 avril de la même année, les chemins n'étant pas encore assez clos pour y passer la nuit. » (Chronologie de Port-Royal. J

Lorsqu'on détruisit Porl-Royal-des-Champs, on se contenta de raser l'église et de profaner les tombeaux qui étaient dans les sept pieds de terre de l'exhaussement. Depuis, on a découvert les fondations primitives que l'on peut voir encore aujourd'hui.

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rables que de tuer Ibéiilier tle la vijjrne, mais nous ne lui rendons guère d'honneur, et nous voulons que la plupart des fruits soient (tour nous et fort peu pour lui. J'espère que vous prierez Dieu avec moins de distraction dans votre nouvelle Eglise, et que vous expérimenterez ce que nous disons cette semaine de Jacob : Vraiment Dieu eut ici et je iien aavois rien ; car nous agissons connue si nous ne le savions pas. Je pense que c'est à ce saint patriarche qu'il se faut adresser pour avoir la révérence qu'on doit [lorler à Dieu. Car celle parole : Vraiment Dieu est ici, montre qu'il en avoit un sentiment et une expérience merveilleuse, et cela suffit pour faire une bonne oraison; comme aussi la belle Considération sur le Lazare d'hier ((jui n'est |ias perdue comme ou vous a mandé), et le très-bon riche, qui est Dieu, est encore bien capable de nous fixer l'esprit lorsque nous nous présentons devant lui ; mais cela ne se fait jwis pourtant, (jue (juaud il plaît a Jésus-Christ dont le Lazare éloit la figure, de répandre sur notre langue une goutte de son eau qui la rende capable de parler à Dieu ; autrement elle demeure attachée au palais de noire bouche, et ne disant rien à Dieu pour n'avoir point de dévotion, qui est la langue de l'âme, il ne nous dit rien aussi, et on s'en retourne toute sèche. Néanmoins il me semble ijue l'on reçoit If fruit de son oraison tout à la fois (juand on a soin de se recueillir ensuile. Mais il arrive au contraire qu'après avoir fait ce que l'on a pu pendant la prière pour rejeter les distractions, on s'y abandonne aussitôt, et ainsi on pr'rd tout ce (ju'on avoit gagné en y résistant. Je vous dis, ma cliere sœur, ce qui m 'arrive, afin que vous vous en gardiez.

Je salue très-humblemeut mademoiselle Constant. Je suis bien aiscfjue vous en soyez contente, car elle nie rcvieul fort, sinon (ju'elle est trop sage ; cela m'interdit un peu, mais il n'y a pas sujet de se plaindre de cela. (jJii e>l une vertu et une marcjue d'un e>prit mer\eilleusemenl modéré; c'est pourquoi je l'appréhende, pour la honte que cela me fait.

Je suis toute a \ous. ma trés-ihère su'ur, et à la vie et à la mort.

2riO LETTRES DE LA MKRE AGNÈS.

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