LETTRES UE LA MÈRE AGNÈS
hension que vous pourrez avoir d'elle, craignant qu'elle ne soit pénible à gouverner. Elle a encore quelque petite humeur, mais si l'on n'avoit point vu j)ire, on ne s'en apercevroit pas. C'est une merveille qu'elle ait pu se résoudre à communier en ayant eu tant d'éloignement. Elle a toujours été mieux depuis, qui est une bonne marque. Elle prie beaucoup Dieu, mais c'est toujours dans un livre, n'ayant pas encore l'usage d'écouter Dieu dans le silence. Elle s'attend d'aller à tout l'office quand elle aura l'habit. J'espère qu'elle profitera plus à Port-Royal, n'ayant pas le parloir, ni l'entretien d'une sœur qui n'est pas des meilleures, M™e d'Aumont lui a rendu de très-grands assujettissemens depuis deux mois; je ne doute pas que Dieu ne lui en sache gré, l'ayant fait pour l'amour de lui. Je me promets que vous gagnerez son cœur, et qu'avec cela vous en ferez ce que vous voudrez; vous serez secourue de ma sœur Angélique ' qui est déjà en ses bonnes grâces. Je ne lui ai pas encore dit un mot a cette pauvre sœur, depuis qu'elle nous a quittées. Je vous supplie que je la salue dans celle-ci. En pensant à lui écrire il m'est venu en l'esprit ces paroles de saint Paul : Soit que nous vivions, soil que uous mourions, tious sommes au Seigneur. De même, soit que je lui écrive, soit que je ne lui écrive pas, je suis toute à elle; et je ne crois pas faire mal d'usurper ces paroles, puisque l'amour dont nous aimons notre prochain doit être le même amour dont nous aimons Dieu.
Ala sœur Philberte * a été plus sage que je ne pensois; je pense qu'elle est de ces personnes que plus on leur pardonne, et pire c'est; il la faut un peu secouer pour séparer la paille d'avec le bon grain. Je me promets que cette épreuve lui servira, au moins n'y en a-l-il plus à faire après celle-ci. Je suis toute à vous, ma très-chère.
* De Saint-Jean.
* Elle était, postulante. On la fit revenir à Paris, où elle prit l'habit de novice le 28 aoùl Mib'i. Elle s'appelait Philberte de Sainte-Madeleine Morelle.
CIAXX. — A MADAMK LA MAUyriSE DE SABLÉ. 259
CLXXX— A Madame la marquise de Sablé '.
Au sujet rlu loiieinoiii qu'elle liésirait se f;iire construire à Porl-Koyal ; elle lassure que niadaine d'Aunioul consentait volontiers au dessein qui lui serait plus coniniode.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !
Ce/uHrfi 19 mai (1653).
Il est aisé de reconnoîlre, ma très-chère sœur, que tout ce qu'il vous |>I;iît de nous dire esl avei- une entière sincérité. C'i'sl ce qui ni'(»l)lij,^(.' de; vous répondre de la même sorte. Je vous dirai donc, ma Irès-chère sœur, qu'il est vrai que M""" d'Aninonl ciil de la joie quand on lui dit qu'on vous donneroil du iiàtiment de l'atilre côté, à la jtlace de ce petit logis. Mais ayant su depuis que votre commodité ne s'y trouvoit pas, elle a consenti de tout son cœur (jiron suivît le premier dessein, et elle a prie instamment M. Sinylin de vous en assurer; et vous savez (jne c'est à lui que l'on dit ses plus secrètes pensées. i*ourijuoi ilonc, ma liès-clière sœiu-, ctes-vous encore en peine? S'il y avoit eu sujet d'en avoir, j'aurois été la première à m'en éclaircir, car il me send)le ([lie je m'a|)erçois assez lot (|uand M""' d'Aïunont a (juclque chose dans l'esprit qui la lâche. Mais au contraire Je lui ai trouvé res|)ril si libre depuis la parole (|u'elle a donnc-e a M. Singlin, (prassurénuMit elle ne pense (ju'a désirer l'execulion de votre désir. Et elle m'a dit plus d'une fois depuis hier qu'elle auroit du déplaisir que vous eussiez d'autre pe'usée d'elle, sinon (|u'elle voiidroit faire toides choses [)Our contribuer a volie accommodement. Après cela, ma très-chère, il me semble (jue votre bon cœur (pii craint laul de donner la moindre peine, doil ètie j)leinement satisfait de rassmance (|ue je vous donne, (jue je me rends caution i!e M""" d'Aumont, qu'elle n'a jamais regret de ce qu'elle fait [tour Dieu et |iour ses amis Je m'attends donc
' Madeleine <le Sonvré, veuve de i'liili|i|>e de l^aval, u)ar(|uis «le Sahié, décédé II- l juin ((iiO, fut loiicliée de Dieu rt'tie même année. Klle se lia étroitemenl a iNirl-Uoval et y lit liàliren IB'iJ un corps de |oj;is (ju'elle haliila. Kllf mourut le Ui janvier 1t»7K, âgée de 7!) ans. V. MmUtiia; tir Subit', pai M. V. Cousin.
que vous ferez travailler au premier jour; et je vous supplie Irès-humbleuient d'ordonner qu'on se dépêche, afin que le petit jardin ne soit pas si longtemps occupé des ouvriers.
Je vous suis très-obligée, ma chère sœur, de ce que vous me faites la grâce de croire que j'ai pour vous les sentimens que je dois. Je demande à Dieu qu'il me les augmente, et qu'il donne aux prières que nous lui faisons pour vous le mérite qu'elles n'ont pas d'elles-mêmes, sinon en tant qu'elles lui sont offertes par votre très-obligée et très-obéissante servante.