‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 221 sur 247 · CXCVI.— A une religieuse de Port-Royal, après sa profession · texte numérisé non relu

CXCVI.— A une religieuse de Port-Royal, après sa profession

Sur les emplois qui taiisenl de la distraction, cl sur la soumission avec laquelle il faut s'en acquitter.

{Vers le commencement de septembre I6">3.)

Ma lr«'S-chère sœiu', J'espère <|ue Dieu vous aidera dans les emplois (jue vous amez par l'ordre de l'obéissance, et que les distractions que vous y aurez ne seront que dans les sens. Celles-là ne sont |»as à craimln', mais bien celles qui procèdent du cœur, lors(|u'on n'est |ias assez soiunis a l'obéissance, et (jue la répugnance (pi'on y a cause; des inquiétudes qui empêchent le recueillement ; au lieu (|ue les distractions passagères, (jiii naissent des oecup;;lions que l'on a, ne peuvent pas empêcher ([ue le fond de l'esprit ne soil attaché à Dieu, en (|uoi convisle la Néritable attention à Dieu. (]ar connue ce seroit peu de chose d'avoir des pensées de Dieu dans l'esprit,

si d'ailleurs on étoit attaché à soi-même et à sa propre volonté; il n'importe pas aussi de ne rien penser de Dieu, pourvu qu'on s'occupe <à bien faire ce qu'il demande de nous. Et quand on fait cela fidèlement, on se fortifie davantage en un demi-quart d'heure qu'on se met devant Dieu, quand on ne peut en avoir davantage, que si on demeuroit longtemps en sa présence avec moins de disposition à sa sainte volonté.

L'on nous a dit qu'on vous avoit mise avec les enfans, et que c'étoit ce que vous appréhendiez le plus. Si l'on regardoit bien Dieu en toutes choses, on ne craindroit non plus les unes que les autres, puisque nous sotnmes également incapables de les exercer selon Dieu; et lorsqu'il nous y emploie, il ne lui est pas difficile de nous donner ce qu'il faut pour celles qui sont plus importantes que pour les moindres. Tout ce qui en peut arriver, c'est que l'on vous en ôtera si vous n'y faites pas bien, et vous aurez le profit de l'humihation d'en avoir été jugée incapable. C'est pourquoi on devroit craindre davantage les choses à quoi l'on réussit bien, de peur d'y prendre de la complaisance.

Si vous vous laissez conduire dans tout ce qu'on demandera de vous, il vous en arrivera comme de votre changement de lieu : toutes vos difficultés se termineront dans la paix, et vous trouverez Dieu dans toutes choses. Nous sommes dans l'espérance de vous voir bientôt* ; ce sera une petite joie que vous n'auriez point eue si vous fussiez demeurée ici. Ainsi Dieu tire de nos peines un sujet de nous consoler et de nous récompenser, et on ne fait Jamais rien pour lui qu'il ne récompense au centuple.

Je vous supplie, ma chère sœur, de me continuer la charité que je sais bien que vous me faites de vous souvenir devant Dieu de mes besoins qui sont en grand nombre. Quand vous n'auriez pas le loisir d'y penser, c'est assez que vous en ayez le désir, car Dieu voit non-seulement ce que nous pensons, mais aussi ce que nous voudrions penser.

Vous avez été heureuse de servir cette petite * qui est allée à

' La mère Agnès devait aller à Pori-Royal-des-Cliamps à la fin de septembre.

2 Marie Guillard.

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